Armelle Pouchet a ouvert son atelier d’artisan tapissier d’ameublement aux Mazières, commune de Lunac, il y a trois ans et demi : « Art mêle crin et mousse ». Elle a enfin réalisé son rêve : « travailler de mes mains ». Plus qu’une reconversion professionnelle, c’est un défi personnel que son entourage a largement encouragé et qu’elle a parfaitement réussi.

Passe ton Bac d’abord !
Ce n’était pourtant pas gagné ! Armelle est originaire de la Drôme. Elle est de cette génération du « passe ton Bac d’abord! « . Une injonction qui a brisé bien des rêves d’ados attirés par des métiers artistiques ou artisanaux. Les parents avaient alors vite fait de nous décourager « c’est pas un métier ça! ». Voilà qui ne souffrait aucune dérogation. Un CAP un BEP étaient alors des voies de garage… En revanche, parallèlement à ses études, pratiquer un sport ou apprendre la musique, était un plus !
Le violon dans ses cordes ?
La petite Armelle s’est mise au violon. » Une activité imposée par mes parents, ce n’était pas une passion ! « confesse-t-elle. Pourtant elle a persévéré dans cette voie. Est-ce les nombreux prix qu’elle a remporté qui l’on encouragée à décrocher une maitrise en musicologie ? Un mariage plus tard, en 1998, elle posait ses valises en Aveyron, à Pradinas. Devenue professeur de musique, elle enchaînait les remplacements dans les établissements scolaires du secteur: Rieupeyroux, Naucelle, Rignac, Rodez… Pas de titularisation en vue et toujours cette petite musique de fond : » ce n’est pas ma voie, ce n’est pas ce que je veux faire ».

En finir avec la valse des petits boulots
Puis une séparation et des enfants à charge lui ont imposé quelques métiers alimentaires. Elle a travaillé comme postière, surveillante, peintre en bâtiments, et salariée chez Neobé. » Pas mal Néobé et la peinture, c’était au moins du travail manuel ! » plaisante Armelle. En 2015, l’harmonie s’installait dans sa vie, une rencontre, un mariage. » J’ai senti que c’était le bon moment ! « s’amuse Armelle. Pour donner le « la » à sa nouvelle carrière elle s’employait à chercher des formations. Pôle Emploi, l’AFPA, elle se plongeait dans les études de marchés, bricolait dans son coin , tentait de décrocher des stages, se décourageait des refus, des impossibilités ou de son profil atypique… Enfin, un stage découverte d’une semaine chez un sellier carmausin la confortait dans ses ambitions. Deux écoles toulousaines (dont une sur concours) de tapissier garnisseur et ameublement proposaient les spécialités auxquelles elle aspirait. Un espoir vite balayé par un premier refus, Mais…

Se mettre vite au diapason
C’était sans compter sur la magie de Noël et le téléphone qui a sonné ce jour de décembre. » Venez la semaine prochaine, présentez un book, une étude de marchés, remplissez le questionnaire de 10 pages… ». » J’ai fait nuit blanche toute la semaine pour présenter des dossiers aboutis. Cette école recrutait sur concours. C’était un cadeau de Noël inespéré ! « s’étonne, encore, Armelle. Un mois plus tard, elle intégrait l’école toulousaine. Non sans se poser des questions. » J’allais être absente toute la semaine » culpabilisait- elle. De quoi douter ! Ses enfants et son mari la rassuraient. Ils étaient heureux de la voir enfin se réaliser. Ils étaient également fin prêts à gérer le quotidien en parfaite autonomie.

Un rythme soutenu pour un apprentissage réussi
Début d’année suivante, elle intégrait son groupe de formation. » Une dizaine de personnes d’horizons très différents avec un professeur troisième génération d’une famille de tapissiers. Un homme intransigeant et très avare de compliments. Ce qui avait aussi instauré une vraie solidarité au sein du groupe d’apprenants » se souvient-t-elle . » Le premier ouvrage que nous avons réalisé était un sac à semences. autant dire qu’il a fallu que je me mette vite à la machine à coudre ! « . Au fil des semaines Armelle a apprécié cet apprentissage. « Un travail qui se renouvelle sans cesse par ses techniques, ses styles… Nous apportions notre carcasse de fauteuil imposé chaque semaine. Je les cherchais la semaine sur le Bon Coin. Je les recuperais le week-end, les dégarnissais c’était très éprouvant. Mais ça en valait la peine ». Oubliés les sacrifices personnels et familiaux. » Cette formation c’est vraiment de l’or ! » assure Armelle. Apprenante volontaire et sérieuse Armelle été gratifiée dans son dernier cours d’un « c’est parfait! » lâché par son professeur si pointilleux qui résonne encore à ses oreilles comme un bel encouragement. Diplômée d’État de l’UCRM Toulouse, elle avait, enfin, le sésame pour matérialiser ses rêves.

La petite musique du bonheur dans un atelier très coquet
Oublié le projet de faire deux logements dans cette maison achetée au Mazières… C’est là qu’elle a implanté son atelier. Là, qu’elle aime composer et même décomposer ses carcasses de fauteuils avec des tissus de tout acabit. C’est là qu’elle laisse planer son imagination fertile. » Electricité, plomberie, j’ai adoré y faire les travaux et ce n’est pas terminé » lance-telle fièrement. Elle ambitionne de s’y faire un petit cocon bien à elle. Les créateurs la comprendront. Il est souvent très difficile de laisser son ouvrage. Les instants créatifs ne coïncident jamais avec les vicissitudes de la vie quotidienne !

» Entre ! » m’ invite-telle en s’excusant du désordre. » Où du désordre ? » Je vois un atelier vivant et engageant. Des sacs à mains originaux, des fauteuils douillets et colorés dont seules les formes trahissent l’époque., des matelas de toile apparaissent autour de moi. Du moderne de l’ancien se mêlent. » Chacun a un fauteuil qui lui correspond « m’explique-t-elle, en m’invitant à poser mon auguste fessier sur chacun d’eux. « Je ne peux que le concéder. Celui qui cale bien mon dos avec son petit renflouement est parfait, un Louis Philippe peut- être ou un voltaire? J’avoue ne pas avoir retenu. Je suis persuadée, depuis cette expérience, que le fauteuil crapaud n’est, définitivement, pas pour moi ! »

Une très large gamme de compétences (vidéo)
Avec enthousiasme et passion je pénètre son univers. Elle se souvient de son premier chantier avec amusement des fauteuils pour un château » j’y suis allée en week end , ils étaient à refaire, je me suis proposée ». Elle travaille peu l’ébénisterie mais avoue « s’y être essayée ». Dans une profusion de termes techniques, Armelle parle, avec fougue, de ses ouvrages. » Je refais des fauteuils en traditionnel, mousse, crin, en sanglage ressort, en semi trad,suspendus, des matelas parfois sur mesure. Pour les matelas je récupère la laine que je nettoie « . Elle travaille également sur d’importants chantiers en collaboration avec Les Ateliers du Rouergue. Notamment leur désigner, Brigitte Maes : cloisons acoustiques, assises pour hôpital de Lille….
Armelle avoue « ne pas être à l’aise avec internet. ma meilleure publicité reste le bouche à oreille. Les salons c’est compliqué parce que toujours très chers. C’est difficile d’y accéder pour un petit artisan indépendant » déplore-t-elle avec réalisme. Elle compose avec les contraintes de sécurité ou de qualité :tissus ignifugé., densité des toiles, les goûts, les choix de ses clients… Elle les guide et les conseille avec bienveillance et un large sourire. Elle travaille le tissu, mais aussi le cuir, le simili ce qui lui ouvre d’autres horizons plus inattendus. » L’ entreprise Barrau ( matériel agricole), Rieupeyroux me sollicite pour du travail de sellerie pour des quads, des motos ». Son voisin qui passe en tracteur la salue. L’occasion de la preuve par l’exemple » Je lui ai refais le fauteuil de son tracteur! » . Pas de limite, ou presque, pour Armelle, elle fourmille d’idées. « Je suis toujours en ébullition » confesse-t-elle joyeusement.

Quelques rendez-vous avec Armelle
Qui dit passion dit partage; Pour Armelle un savoir se transmet. » C’est très important. J’organise des cours particuliers initiation découverte à la MJC d’Onet le Château, en petits groupes de six maximum. J’organise également des stages ici, dans mon atelier ». Armelle exposera le 7 juillet, le 18 aout, à Lunac, jour du marché gourmand. Elle exposera aussi le 25 juillet et 8 août à Najac dans le cadre des marchés d’art. Armelle, ne compte pas y faire juste tapisserie. N’hésitez pas à l’aborder. Dites-lui que vous avez un fauteuil qui ne vaut pas un clou. Je prends le pari qu’elle relèvera le défi !

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