A Moyrazès, le réalisateur Patrice Guillain a présenté, mercredi soir, trois courts métrages, mêlant émotion, histoire et humanité.
Sur le chemin de la mémoire…
La salle située au-dessus de la bibliothèque a été transformée en cinéma éphémère. Chaises rouges en rang d’oignons face à l’écran, lumière tamisée invitaient le public à s’immerger dans l’histoire. Histoire qui s’écrivait avec une majuscule ce soir- là… C’est dans ce décor que le réalisateur et acteur Patrice Guillain présentait trois courts métrages : La Der des Der, Les Plaques et le 17 août à 17 heures. Un triptyque qui a conduit le public » sur le chemin de la mémoire ». Le rideau se levait alors sur ces destins singuliers, intimes marqués par les tragédies de l’Histoire.
Des vies derrière des noms
Pour Les Plaques, court métrage percutant de trois minutes, Patrice explique :
« La plaque de Louis Dumas à Paris m’a interpellé. Ce jeune homme est mort à 19 ans à la veille de la Libération de la capitale ».
Patrice s’interroge face au public : « Qu’aurais-je fais à sa place ? Aurais-je pris les armes ? »

Mémoire universelle …
Dans ses hésitations et ses questionnements pétris de pudeur et de considération, Patrice cherche les réponses. Il tisse un lien intime avec le passé dont il fait force et humanité dans son œuvre. Dans « La Der des Der » , le dernier survivant de la première guerre mondiale, un homme de 121 ans livre ses souvenirs, ses secrets rimant avec intensité et authenticité.
…Et Histoire locale
Dans « Le 17 aout à 17 heures », court métrage de 9 minutes, l’Histoire locale de l’Aveyron prend corps. C’est à la suite d’ une intervention dans un lycée ruthénois que Patrice a découvert le récit du massacre de Sainte- Radegonde. Trente otages et maquisards furent fusillés ce triste 17 août. Il en a fait un film… »Pour nous l’histoire c’ était en noir et blanc dans les livres et vous l’avez mise en couleur, cela nous parle » ont assuré des élèves à Patrice, paroles qu’il rapportait avec émotion au public, mercredi soir. Des mots qui valent tous les prix. » ajoutait-il.
Des courts métrages qui voyagent
Car ses films ont été internationalement salués, sélectionnés dans des centaines de festivals et récompensés de nombreux prix. Mais au delà de ces distinctions, ses récits sont universels et puissants. Ils ont la capacité de toucher des publics de cultures différentes. Ses films font réfléchir sur ces destins individuels et tragiques. C’est ce qui les rend puissants et essentiels.
Un public conquis
Et pourtant, malgré toutes ces portes ouvertes à l’étranger, Patrice confiait : « Mes films font le tour du monde, moi je veux rester ici, il n’y a pas de fromage ailleurs! » Une pointe de chauvinisme assumée que le public partageait fièrement dans ses rangs, comme une parenthèse récréative. Conquis, le public le fut aussi. Il a salué la présence d’un acteur et réalisateur au verbe juste, aux gestes précis, tour à tour drôle, grave, ému ou émouvant. La rigueur historique de ses œuvres ne fait aucun doute.. Le cinéaste le souligne, il est très attaché à la précision historique : « Chaque grade, chaque détails, chaque contexte est respecté. Très rares sont les concessions que je me permet » assurait- il.

L’inspiration au détour d’un tournage
Pour expliquer comment lui ai venue l’idée de travailler ce sujet Patrice raconte. « J’étais en Allemagne sur le tournage de la série le Clown, où j’ai fais la connaissance de Götz Otto – connu pour ses rôles de méchant dans James Bond. Il m’a invité à Munich sur le tournage d’un de ses autres films « La chute » qui allait d’ailleurs devenir culte. C’est là, dans cet incroyable décor où je dinais avec des acteurs encore vêtus de leurs costumes d’officiers allemands, voire Hitler lui – même… C’est là que l’idée m’est venue ». Et, on le sait, ce sont souvent de rencontres et de circonstances inattendues que naissent les grands projets…

Le passeur de mémoire
Bien sûr, il y a les prix, les distinctions, mais ce qui touche le plus Patrice est la reconnaissance du public- comme celle des spectateurs présents ce soir- là. Échanges et regards complices, lui rappellent l’importance de cette démarche : être un véritable passeur d’Histoire. Pour que mémoire et émotions animent aussi les générations à venir . Ne jamais oublier… Son engagement se retrouve également dans son rôle de fondateur de l’association « Transmettez, j’écoute » qui accompagne ses projets et ses interventions auprès des jeunes générations.

