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La Coordination Rurale est montée, au créneau et au volant de ses tracteurs, à Rodez, pour faire entendre colère et inquiétudes face aux lourdes répercussions de la dermatose bovine

Il était un peu plus de midi, ce mercredi 22 octobre. Après une conférence de presse à l’Évêché, je reprenais la route vers le Ségala. Un peu de trafic, rien d’anormal, jusqu’au rond point vers Bourran où quelques policiers bloquaient l’accès, « attendez, s’il vous plait ! ». J’acceptais cette invitation et admirais cette chenille de tracteurs colorés serpentant vers l’avenue Victor Hugo. L’armada d’engins se garait le long de la rue, comme une sentinelle massive face à la cathédrale. Je regardais leurs conducteurs rejoindre, à pied, le parvis de la salle des fêtes. Curieuse, je m’approchais et me laissais entrainer au cœur de cette manifestation agricole. Comme quoi, hier, les voies du destin, comme celle du Seigneur ont été, pour moi, impénétrables….

La Coordination Rurale aveyronnaise et quelques voisins

Rapidement, ce joyeux cortège, des hommes, des femmes coiffés de bonnets et casquettes floqués CR12, avait investi les lieux. Je compris aussitôt, qu’il s’agissait de membres de la Coordination Rurale aveyronnaise venus faire entendre leur voix, rejoints par quelques collègues tarnais et lozériens.

La colère des bonnets jaunes

Les aveyronnais, en force sur le parvis, exprimaient leur colère face aux nouvelles mesures liées à la Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC) prises par le ministère de l’Agriculture. « Et approuvée par l’ État, la DSV, et surtout par la FNSEA » s’indignait, fortement, un éleveur. Ces mesures prévoient l’abattage de l’ensemble du troupeau dès qu’une seule bête est déclarée malade. De plus, actuellement, toutes les exportations sont, à présent, interdites, ce qui complique fortement la gestion des élevages.

Florian à gauche, Bruno à droite

Des foyers qui s’étendent, des élevages qui s’étouffent

Et parmi eux, nombre de ségali, dont Florian Couffignal de La Salvetat- Peyrales, jeune éleveur de limousines et d’Aubrac et Bruno Fraysse de Gramond, à la tête d’un cheptel bovin race à viande. Deux agriculteurs, deux profils partageant les mêmes combats. Bruno exporte ses veaux vers le marché transalpin. Il me confiait avec amertume : « Je ne peux plus exporter mes animaux vers l’Italie. Pourtant le nouveau foyer détecté est dans les Pyrénées Orientales. Il est venu d’Espagne. Tous nos élevages sont complétement paralysés et cela va devenir ingérable au quotidien. »

Des propos fortement appuyés par Noël, venu d’Entraygues, Nord Aveyron : « Ce n’est pas seulement une question financière. Ces mesures posent aussi des problèmes techniques et vont à l’encontre du bien être animal. On n’a pas les bâtiments pour accueillir toutes ces bêtes qui ne partent pas, surtout en plein hiver. »

D’une seule voix contre toutes ces aberrations

Tous les éleveurs dénoncent également l’incohérence et la précipitation des décisions. D’autant que cette maladie propagée par piqures d’insectes, n’est pas transmissible à l’homme, ni par contact, ni par la consommation de la viande bovine.

Mathieu Galliou à gauche sur l’image

Mathieu : colère, incompréhension et incohérences

Pour Mathieu Galliou, co-président CR12 avec Eloi Nespoulous, la situation est dramatique. « Il faut neuf mois pour faire naître un veau, trois ans pour qu’une vache ait son premier veau. Si nos troupeaux sont détruits, beaucoup ne s’en relèveront pas » . Il rappelle que le premier foyer de DNC a été détecté fin juin en Savoie. « Personne n’a anticipé la suite, ce n’est pas faute d’avoir alerté. » Depuis fin septembre : « ça part dans tous les sens. » se désole-t-il. La maladie s’ est propagée du Jura au Rhône en passant par l’Ain jusqu’au Pyrénées Orientales…

Eloi Nespoulous, au centre de l’image

L’élevage sacrifié sur l’autel de l’irresponsabilité

Mathieu dénonce également la focalisation sur les bovins, alors que l’insecte transmetteur peut aussi piquer chevaux et ovins. Pour lui : « l’abattage systématique et les décisions prises à la va-vite, sans réflexion, sacrifieront de nombreux élevagesLes bâtiments ne sont toujours pas désinfectés et les compensations financières promises sur 4 à 6 mois ne permettront pas de résoudre le problème. On ne reconstitue pas un cheptel comme ça. En Savoie, par exemple, où les élevages utilisent des génétiques particulières, pour des fromages à appellation, récréer ces troupeaux est le fruit d’années et d’années de travail. »

Un aller simple pour l’Absurdie

Et Mathieu de pointer d’autres excentricités gouvernementales, pour le moins incompréhensibles. Certains élevages, pourtant voués à l’abattage ont été vaccinés avant leur destruction, soi disant pour « adoucir la peine des éleveurs » commente Mathieu. « Car, oui, il existe un vaccin » ajoute-t-il. C’est un gaspillage financier qui n’allège en rien la détresse des éleveurs : voir son travail, son élevage, ses années de travail sacrifiés reste un choc immense. Les conséquences économiques, techniques et bien sûr humaines sont lourdes. La liste de leurs aberrations et des incohérences gouvernementales et sanitaires sont loin d’être exhaustives. Comme si les éleveurs n’étaient, déjà, pas assez écrasés par un fardeau réglementaire et administratif qui met en péril et leur métier et leur passion…

Convivialité et solidarité riment sur le parvis

Malgré la gravité des enjeux, un esprit très convivial régnait sur le parvis devant la salle des fêtes ruthénoise. Entre deux échanges, un verre à la main, un morceau de pâté ou de saucisse dans l’autre, les agriculteurs ont trinqué, partagé l’apéro et savouré quelques gourmandises locales préparées par Étienne Lacan (Briconaute, Pont de Salars). Certains ont même, troqué leurs bonnets jaunes pour la nouvelle collection CR12 de couvre- chefs couleur framboise, clin d’œil à ce mois d’octobre rose.

Anthony encore devant la caméra, mais cette fois – ci celle du caméraman officiel de la CR12

Anthony, l’amour dans le pré et celui… du métier

Au milieu de cette sympathique effervescence, Anthony – que l’on voit actuellement tous les lundis dans L’amour est dans le pré – n’était pas venu parler d’amour. Enfin si ! Mais de celui de son métier d’agriculteur. L’éleveur de volailles était là , pour soutenir, bec et ongles – ça va de soi – ses copains éleveurs bovins. « Oui je suis à la Coordination Rurale de l’Aveyron. » me confie-t-il. « D’ailleurs, ma meilleure amie en est la secrétaire. J’aide à la logistique par-ci, par-là, je dépanne, je participe à des actions, voilà ! » concluait-il tout sourire. Il était donc, ce jour, un des ambassadeurs de la solidarité et de l’engagement. Deux valeurs qui vont de pair, dans le milieu agricole.

Actions concrète et suites à venir

Pour marquer leur action, l’après -midi, les agriculteurs ont mené quelques veaux, tout droit sortis de leur stabu devant la MSA. Une manière symbolique de rappeler une réalité de terrain. Dans la foulée une délégation de cinq à six membres de la CR12 avaient rendez-vous à 14 heures avec la préfète. La mobilisation ne s’arrêtera pas là, c’est certain. Pour la date et le lieu, motus et bouche cousue, même les adhérents ne sont pas encore dans la confidence. Mais les responsables de la CR12 préparent déjà la suite, discrètement mais … sûrement. Merci à eux pour leur accueil si sympathique et chaleureux.

Bien entourée, entre Florian à gauche et Bruno à droite