Moyrazès, la Ferme de Pomayret, entre paddocks et pâturages, Eric et Louise gagnent leurs éperons

« Où va-t-on ? » demande le GPS. « Ferme Équestre du Pomayret, chez Eric et Louise Laviale à Moyrazes, impasse des cavaliers ». L’adresse est un premier indice. C’est parti ! Les chevaux sous le capot ronronnent. En voiture, Simone ! Enfin… Sylvie !

Je m’enfonce dans la forêt. La châtaigneraie déroule son tapis de feuilles flamboyantes sous une pluie fine et tenace. Le GPS indique 8 km, mais j’ai l’impression d’en avoir déjà parcouru cinquante. A gauche, à droite, tout droit… tout droit? La route devient de plus en plus sinueuse et étroite. Je roule, un peu dubitative. A un embranchement, un petit panneau de bois apparaît. Sans mes lunettes, avec des essuie-glaces essoufflés par la pluie, je peine à déchiffrer. Le mot « équestre » semble se dessiner, à moitié effacé par le temps. J’atteins un plateau. Je guette un signe : un sabot, un crottin… Autour de moi, des vaches placides broutent sous la pluie, la robe trempée, impassibles. Mais de chevaux, point !

Paumée à Pomayret ?

La route se rétrécit encore jusqu’à former une pointe de non retour. Au milieu, un grand arbre, majestueux. Et derrière, des chevaux immobiles, comme s’ils m’attendaient, stoïques, sous cette pluie pénétrante. J’hésite. Suis-je au bon endroit ? J’attrape mon téléphone pour vérifier, quand on frappe à la vitre de ma voiture. Un visage souriant, ruisselant sous la pluie, apparait. « Bonjour, moi c’est Eric ». Je suis, enfin, face aux maître des lieux. Fin du périple, début de l’aventure journalistique.

Le grand livre des souvenirs

Mettons nous à l’abri, pour écouter l’histoire familiale de la ferme de Pomayret. « Elle a appartenu à mes grands parents, puis à mon oncle Yves. » raconte Eric. Et quand il feuillette le grand livre de ses souvenirs d’enfance, lui reviennent les images des cochons, des vaches, des brebis, des promenades et jeux bucoliques dans ce coin de nature segalie sauvage. Eric a grandi à Baraqueville. Il a étudié à Rodez, puis en FAC de bio à Toulouse. Il poursuit d’un sourire : « Les chevaux n’étaient pas vraiment dans l’ADN de la famille ». Ils étaient pourtant son dada…

Faire du cheval, son dada

Alors rien d’étonnant, quand en 1994, Eric obtient son diplôme de moniteur au Centre Équestre de Combelles. Les chevaux deviennent son quotidien: balades, soins, cours… Cette passion ne le lâchera plus. Deux ans plus tard, jusqu’en 98, il est salarié en Corrèze. Entre poneys farceurs, chevaux de propriétaires, apprentis cavaliers , il parfait son savoir- faire.

Sous le soleil des tropiques, quelque chose de magique

Et si l’on mettait une touche d’exotisme dans tout ça… Embarquons avec Eric sous les palmiers et cocotiers de Nouvelle- Calédonie, ça vous dit ? « Mais comment attérit-on à l’autre du bout du monde pour exercer sa profession, au début des années 2000 ? » la question me brûlait les lèvres. A vous aussi, je le sens. « Très simple, on répond à une petite annonce » s’amuse Eric. Là, j’ai tout de même conscience que je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans… Internet en était à ses balbutiements. « Les dossiers de candidature s’envoyaient par fax, les entretiens se faisaient par téléphone » explique Eric. Pas question de traverser un océan-ou deux-pour un entretien d’embauche ! Eric reste persuadé que – outre ses compétences, bien sûr – le respect du décalage horaire a joué en sa faveur. « Dix heures… Je ne voulais pas réveiller mes futurs employeurs en pleine nuit! » plaisante-t-il. La-bas, il devient gérant d’un centre équestre associatif. « Il y avait une centaine de cavaliers, des balades dans des paysages à couper le souffle, la mer, la montagne, les plages… » . Bref, un décor de rêve !

Retour en Ségala, les mains froides et le cœur chaud

Après ces années sous le soleil, Eric et sa famille reviennent au pays. Le choc thermique est brutal. « On s’était bien tropicalisé » assure-t-il. Il a fallu passer du short au pantalon des tee-shirts aux doudounes, d’autant que c’était en janvier. Exit les cocotiers, bienvenue sous les châtaigniers.

De retour en terres ségalies, Eric caresse un rêve : ne plus être salarié, créer sa propre affaire. Les banques prudentes restent frileuses…Mais l’heure de la retraite ayant sonné pour tonton Yves, Eric trouvait, là, le moment opportun pour écrire un nouveau chapitre de cette saga familiale agricole.

Des chevaux tout de go


Pour constituer ses premiers cheptels de chevaux, Eric sollicite les éleveurs du coin et effectue aussi quelques sauvetages par association. Depuis des chevaux naissent ici. « Le cheptel gagne en qualité. » ajoute-t-il. Aujourd’hui il possède une vingtaine d’ équidés et assure la pension gardiennage pour une trentaine d’autres, confiés par leur propriétaires. « C’est le point fort de notre activité » souligne-t-il. Après le COVID, beaucoup de propriétaires de chevaux, habitués au box, ont choisi le grand air pour leurs animaux. « Le cheptel de la pension a alors doublé » constate Eric.

Carrière et futur manège, un affaire qui tourne

Des cours sont proposés de débutant à confirmé. « Je ne sais pas pourquoi nous avons essentiellement des adultes » ajoute Eric. L’élève doyen affiche 70 printemps. « Parce qu’il fallait bien s’occuper pendant le confinement, nous avons construit une seconde carrière. Notre grand projet pour 2026 est la création d’un manège couvert et de box. Le permis est accordé, quelques autorisations sont encore en attente. Cet investissement est crucial. Ça nous permettra de donner les cours malgré la pluie,le gel ou le froid » s’enthousiasme Eric. Un plus tant pour les animaux que les cavaliers. « Il n’y a presque plus de neige mais il pleut beaucoup en Ségala » taquine-t-il. A force de suivre les caprices de dame météo, dont il est tributaire, il rivaliserait presque avec les talents de Laurent Romejko ou selon vos références Eveline Délhia, Guillot-Pétré ou Albert Simon.

Louise, les deux pieds à l’étrier

Depuis deux ans, Louise, sa fille, a rejoint l’aventure. Née et baignée dans ce monde équestre, elle a fait ses premières armes avec un monitorat d’équitation et poursuivi sa formation à Sisteron. Passionnée, elle se tient à l’orée de sa carrière de cavalière professionnelle. Elle allie compétitions régionales et travail patient de débourrage et dressage. Charge à elle de créer cette « complicité parfaite entre l’animal et son cavalier ». Pour parfaire ses techniques, Louise a effectué plusieurs stages avec Harold Boisset, cavalier de très haut niveau aux ambitions mondiales. Ces apprentissages lui permettent « d’affiner son savoir-faire, de glaner de précieux conseils et d’acquérir des méthodes ». Eric s’excuserait presque, aussi expérimenté soit-il, de ne pas les lui prodiguer. « C’est d’un tout autre niveau » souligne-t-il. Ce regard attendri et bienveillant, posé sur sa fille, en dit long sur sa fierté, toute justifiée, de père…

Beauté, santé : le sourire à la Fernandel entretenu

Tout deux assurent aussi l’entretien quotidien des chevaux. Des professionnels leur prête main forte : Eric Rotte, maréchal- ferrant de Sanvensa, deux ostéopathes, des vétérinaires de Baraqueville et même un dentiste. Un sourire à la Fernandel, ça s’entretient ! Eric observe « Les chevaux sont mieux soignés que nous. Ils ont gagné dix ans en espérance de vie. Le plus vieux de notre cheptel Enko est parti à 35 ans. »

La ferme de Pomayret : veaux, vaches et chevaux

L’exploitation agricole complète l’activité équestre. D’où le nom de « Ferme équestre ». Vingt -cinq vaches blondes d’Aquitaine complètent ce tableau champêtre. « Nous sommes parfaitement autonome pour la nutrition des animaux. Herbe,foin, céréales, tout est cultivé sur place. » ajoute Eric. La ferme s’étend désormais sur 60 hectares. Plusieurs bâtiments ont été doublés de taille pour accueillir chevaux et matériel.

A la Ferme de Pomayret, Eric et Louise ont plusieurs chevaux de bataille : mettre le pied à l’étrier des cavaliers, tenir les rênes d’une exploitation agricole… Sous les cieux du Ségala, ils sont tous les jours en selle pour de nouvelles aventures. Qui veut voyager loin, ménage sa monture…