Le cimetière est là, au bout du chemin, ceint de murs de pierres grises, patinées par le temps. Tout autour, les séquoias majestueux veillent en silence. Leurs épines craquent sous nos pas. D’ habitude, en cette période, l’air gifle, le vent s’entête et la pluie verse ses longs sanglots. Pourtant, un rayon de soleil est venu, délicatement, dissiper la grisaille en cette veille de Toussaint. Le portail est grand ouvert. On entre dans la saison du souvenir… Les tombes, de marbre et de granit mêlées, anciennes et silencieuses, récentes et lumineuses s’alignent avec solennité. Ici, chaque pierre, chaque croix, chaque plaque murmure son histoire…

Ces sourires du passé
Sur une dalle marbrée, ici, un cadre sépia. Là, une photo. C’était un voisin. C’était une maman. C’était un jeune parti trop tôt. C’était une enfant, d’un autre siècle. Tous ces sourires, gravés dans le souvenir, nous reviennent du passé.





Gravé à tout jamais
Et puis il y a ces plaques simples ou finement décorées, gravées à la main, ou ornées de lettres d’or, qui racontent tout l’attachement des familles. A notre amie. A notre mère. A mon cousin. A notre grand-père. A mon frère. A notre fils… A ceux que l’on aimait profondément. Dans ce lieu intime et solennel, doucement, tout doucement, la mémoire reprend son souffle.







L’ombre des adieux récents
Des absences récentes résonnent là, avec la force d’un adieu trop proche. Une douleur à peine déposée, un chagrin vif et brûlant serrent les âmes et rendent les gestes hésitants. Dans ce silence fragile, les larmes murmurent la blessure du cœur. Puis, une douce présence se fait sentir: un regard posé, une main sur l’épaule, un simple « je sais », tout est dit…

Les empreintes du souvenir
Au détour d’un sentier du souvenir, le temps a fait son œuvre. Les noms disparaissent dans le velours de la mousse. Les pierres sommeillent sous la caresse des années. Les croix s’inclinent sous le poids du temps. Ici, quelques tombes modestes marquées d’une simple croix de bois, polie par la pluie, le soleil et le vent.





Plus loin, sur des pierres, demeurent ces couronnes de faïence aux fleurs d’un autre âge, vestiges colorés d’un amour ancien. Ces tombes oubliées se fondent dans cette grande famille silencieuse. Parfois un passant dépose une fleur « pour ceux qui n’ont plus personne ». Un geste anonyme, discret…presque secret.





Gommer les affres du temps
Depuis plusieurs jours, au cimetière de Moyrazès, José et Sylvain, membres du personnel technique de la mairie, s’affairent discrètement.



Sous les grands séquoias, ils ramassent les épines tombées, dégagent les allées, redonnent dignité et lustre aux vieilles pierres. Les remorques se succèdent — une trentaine déjà — emplies d’aiguilles brunes et de mousse séchée. Leur patience, humble et obstinée, efface, un peu, les marques du temps.


A l’orée de Toussaint
Autour d’eux, les familles, courbées sur les tombes, nettoient, frottent, font briller le granit. Les gestes sont lents, attentifs. On replace une photo. On redresse une plaque. On dépose avec délicatesse, les pots de fleurs. Le cimetière s’anime, tendrement traversé par une effervescence tranquille- celle de la Toussaint qui approche.

Les anges de la mémoire
Parmi les fleurs et les croix, sur des tombes veillent des colombes de porcelaine, des petits moutons, des nains de jardin, des anges. Ces douces présences évoquent, souvent, l’innocence de vies trop brèves. Elles sont les tendres gardiennes de leurs mémoires éternelles.



L’écho de nos racines
Au détour d’une allée on retrouve ses racines. Les noms des grands-parents ou d’aïeuls que l’on a jamais connus. Une cousine lointaine, un arrière-grand-père oublié, un oncle soldat… partagent pour l’éternité leur dernière demeure. Ils sont des nôtres, de notre sang. Ils s’invitent, parfois, dans les anecdotes des réunions familiales. Les absents d’hier continuent d’éclairer nos vies. Ce coin de mémoire se fait, alors, miroir de nos propres histoires.



L’effluve des mémoires
Les voitures se garent, le long des murs du cimetière. Les portières s’ouvrent délicatement, pour ne pas troubler le recueillement. Les familles, les bras chargés de pots de fleurs, de compositions colorées et de plantes aux teintes chatoyantes, avancent lentement.




Dans les travées, leurs pas crissent sur les gravillons. Dans cette atmosphère feutrée, les fleurs vont émailler le calme de ces lignes de mémoire. Les fragances des cyclamens, bruyères, roses et autres chrysanthèmes, mêlés à ceux de la terre humide s’ élèvent, lentement, dans l’air d’automne. Chaque brassée diffuse déjà le subtil parfum de l’émotion. On se salue, on échange un mot, un souvenir, on partage un sourire, un regard, un silence.

Poussières de vies…
Sur un petit ilot de gravier blanc, un banc rosé fait face au columbarium. Sous la lumière voilée, devant ces écrins de poussière et d’éclats de vie, baignés d’un rayon de soleil, la quiétude s’installe, empreinte de mélancolie.
Ces instants, ces rendez-vous, auprès de nos chères ombres du passé, s’inscrivent au delà de toute foi et toutes croyances. Leur présence est douce, presque réconfortante. On repart un peu plus apaisé, comme si ce passage par la mémoire nous avait offert force, paix et beaucoup d’humanité. A toi, Maman…

