Dimanche dernier, Dame météo s’est montrée d’une rare bienveillance. Le temps que puisse être célébré le mariage gourmand de la châtaigne et du cidre doux en la bastide royale de Sauveterre-de-Rouergue. Et le banquet fut joyeux !
Quelques larmes… de gourmandise !
« Rien que pour voir les grilleurs ça vaut le déplacement » s’enthousiasmait une dame, admirative. « Et pour le cidre ! « ajoutait son voisin, plus pragmatique, en levant son verre. Sur la place, la fumée des grilloirs montait en volutes parfumées, chatouillant les narines et piquant un peu les yeux. J’avoue avoir versé quelques larmes… « Tu pleures ? » me demandait, inquiet, un petit garçon. Je le rassurais d’un sourire : « Oui, mais ce sont des larmes de gourmandise ! » Et je n’étais pas la seule à avoir les paupières embuées. C’était un peu le prix à payer pour mériter son cornet.
Chaud les marrons, chauds !
« Attention ça saute ! » criait un grilleur esquissant une châtaigne rebelle. Pas de temps mort autour des braseros, on se relayait, on plaisantait et on trinquait. La tradition se perpétuait. Le geste sûr, forgé par des années de pratique, les bénévoles – comme Jean-Michel ou Dédé fidèles au poste, depuis plus de 20 ans- tournaient la manivelle avec toute la régularité requise. Les visiteurs se pressaient autour d’eux pour attraper le cornet tant convoité. « Tu crois qu’elles sont assez grillées ? » demandait une petite fille méfiante à sa maman. « T’inquiète pas ils savent faire, elles sont parfaites ». A côté un garçonnet pelait ses châtaignes à une vitesse efrenée : « J’en veux d’autres ! » scandait-il.

Des quantités pantagruéliques
« Cette année on bat des records ! » lâchait un bénévole, l’œil pétillant, en vidant un nouveau sac de châtaignes. Et pour cause : 850 Kilos de fruits grillés et 1300 litres de cidre ont été descendus dans la bonne humeur. « On n’avait pas vu autant de monde depuis longtemps à cette fête » me confirmait, tout fier, un habitant du village.
En avant la musique
L’accent chantant du Rouergue trouvait écho jusque dans la musique. La fanfare de la Banda Bono avait généreusement chauffé l’ambiance, entre deux gorgées de cidre et trois refrains cuivrés. Puis, les airs traditionnels du groupe folklorique Lou Bourreïo d’Olt se sont faufilés au cœur de la bastide. Les fêtes en Ségala ont souvent un pied dans la mémoire, l’autre dans le folklore.
Après quelques bourrées virevoltantes, un orgue de Barbarie prenait le relais pour dispenser joyeusement ses notes au milieu des rires et des verres qui s’entrechoquaient. Un vieux monsieur se penchait vers sa petite fille : « Tu as déjà vu cet instrument. on n’en voit plus maintenant » commentait-il, un brin de nostalgie dans la voix.
Quand le nectar coule à flots
Tout un alignement de tonneaux trônait, majestueusement, au centre de la place. Les bénévoles s’affairaient autour, remplissant verres et bouteilles avec entrain. Certains sirotaient le nectar sur place, d’autres emportaient fièrement leur réserve, comme pour prolonger un peu la fête à la maison. Le breuvage doré, légèrement pétillant, coulait à flots, apportant sa note fruitée à l’air déjà chargé des parfums de châtaignes grillées. Une dame tendait son verre à une de ses amies : « Hum… ce cidre, il est très doux ! C’est un régal ! Goûte-le tu verras ! »




Flâneries au cœur de la belle bastide
Les visiteurs s’engouffraient dans le dédale de ruelles de la belle bastide, partout il y avait du monde. Les pavés usés par les siècles résonnaient sous leurs pas. Chaque venelle offrait son lot de découvertes : portes sculptées, façades boisées, volets anciens, témoins silencieux d’un riche passé. Jusqu’à les conduire au Pole d’ artisanat d’art pour admirer le travail des créateurs. Sous les arcades, le public circulait entre les stands des artisans et producteurs locaux, alléché, là, par un délice gourmand, glanant, ici, un conseil horticole… Partout l’effervescence battait son plein.. Les odeurs se mêlaient, les conversations allaient bon train : on riait, on trinquait, on se saluait…






Un précieux butin gourmand
Les enfants , les doigts un peu noircis, épluchaient leur châtaignes avec une concentration mêlée de gourmandise et d’enthousiasme. « Maman regarde j’ai trouvé la plus grosse » s’exclamait une fillette en brandissant son butin. « Tu la partages avec ton frère ? » demandait la maman amusée. « Ah non elle est que pour moi ! »


Petits polissons et grande malice
Un verre à la main, un cornet dans l’autre les visiteurs exploraient la place comme de véritable stratèges. ils cherchaient le meilleur poste avancé pour savourer, tranquillement, leurs trésors gourmands. Une petite fille pleurnichait : « J’ai les doigts tout noirs ». Un jeune garçon, pétrit de bienveillance et de compassion ou de malice (!), lui soufflait : « Bah, frotte-les sur ton pantalon ! »


Et tandis que les polissons continuaient leur manigances, au milieu des éclats de rire et de gourmandise, doucement s’envolait la dernière note de l’orgue de Barbarie. Il ne restait Dans les ruelles ne flottaient plus que les parfums de châtaigne et de cidre doux, et le souvenir joyeux d’un dimanche simple et chaleureux au goût authentique d’antan.

