L’Évêque Mrg Luc Meyer définit par décret la pastorale du deuil : « Des évolutions mais pas une révolution ! »


Depuis 2012, le diocèse de Rodez- Vabres s’est engagé à soutenir les familles confrontées à la perte d’un proche en développant des équipes et des moyens pour accompagner la célébration des funérailles chrétiennes. Cette expérience humaine et concrète a permis de mesurer les besoins des familles et d’offrir un soutien respectueux et adapté à chacun. Récemment, un décret signé par Mgr Luc Meyer introduit de nouvelles mesures, dans ce domaine. Elles entreront en vigueur le 1er janvier 2026, pour cinq ans renouvelable. Ces dispositions reflètent la volonté du diocèse d’être toujours plus proche et plus attentif aux familles dans ces moments douloureux.

Depuis 2012, un fort engagement humain fort

  »L’accompagnement des familles en deuil, est une expérience vécue tout particulièrement depuis 2012 avec des équipes diversifiées et la participation très importante et essentielle de laïcs de toutes nos paroisses » rappelle Mgr Meyer. Depuis cette date, nombre d’entre eux se sont formés (et continuent) pour soutenir les proches dans les moments les plus difficiles, afin que chaque famille puisse bénéficier d’une présence attentive et d’un accompagnement humain.

Une commission, des discussions et un décret

Pour enrichir et faire évoluer ce dispositif, une commission de huit membres – le Père Jean-Claude Lazuech, Michèle Bélières, Sylvie Cazelles, Jean Cuq, Liliane Masbou, Brigitte Peytavy, Sœur Rachel Rao et Françoise Tranier – travaille depuis deux ans. Elle s’est réunie à 23 reprises. Comme le souligne Mgr Meyer : « Ils ont beaucoup écouté, observé et réfléchi aux besoins des familles pour préparer ces nouvelles orientations. Je les en remercie et je me réjouis de leur enthousiasme et de leur engagement. » Ces orientations ont ensuite été présentées au Conseil Presbytéral en mai dernier. Elles ont été validées par vote des prêtres, marquant ainsi un travail collectif et réfléchi. Ce sont : « Des évolutions, mais pas la révolution ! » glisse Mgr Meyer dans un sourire. Des dispositions rassemblées dans un décret de 88 pages que l’évêque vient de signer. En voici les grandes lignes.

Session diocésaine à Ceignac : 350 bénévoles dévoués

La session diocésaine du 16 octobre dernier, à Ceignac, a rassemblé des prêtres, diacres, laïcs, membres des équipes de deuil et d’animation paroissiales. « Nous nous sommes réunis dans le sanctuaire à Ceignac, ou, plus exactement, dans la salle de sports, car il y avait beaucoup, beaucoup de monde, nous étions 350. » s’amuse l’évêque avec une pointe d’émotion. Car, visiblement, il ne s’attendait pas à une telle mobilisation. L’objectif de cette rencontre était de présenter les nouvelles orientations pour la pastoralité du deuil dans l’ensemble du diocèse. Mais aussi d’échanger avec tous ceux qui sont engagés sur le terrain : des équipes particulièrement dévouées et impliquées.

Trois acteurs au cœur de la célébration

Le Père Jean-Claude Lazuech, curé de Notre Dame de l’Assomption de Rodez et coordinateur de la « commission deuil » explique le rôle de ces équipes diversifiées composées de laïcs et enrichies de trois membres essentiels . « Chaque célébration est conduite par un guide de la célébration, envoyé par le curé référent. Il est le seul à porter la croix lors de la cérémonie. Il travaille en étroite collaboration avec un accompagnateur de proximité, présent pour soutenir les familles dans les premiers moments du deuil. Tous deux accueillent aussi les familles lors de la messe après funérailles. Un animateur liturgique assure le bon déroulement de la célébration, lecture, musique… avec la participation éventuelle de la chorale, de l’organiste, des différents aidants à la célébration. » Ils sont à la fois garants de la dignité et de l’humanité de la célébration. « Avant on ne voyait que le temps de la célébration, l’expérience que l’on a faite montre que quand ce sont des acteurs locaux ils les voient avant, pendant et se retrouvent après. Donc il y a un vrai accompagnement du deuil qui parfois dure plusieurs années » note Mrg Meyer.

Nouveau outils musicaux

Dans cette perspective, et pour faciliter « la délicatesse et la beauté de la célébration », Mgr Meyer a présenté un carnet de chants personnalisable et un livret de partitions. Ces nouveaux outils accompagnés d’une clé MP3 contenant des enregistrement musicaux, permettront d’adapter les cérémonies aux sensibilités locales. Parce que « On ne chante pas les mêmes choses à Camarès et qu’à Villefranche. Chaque paroisse pourra adapter le livret, le personnifier et le proposer aux familles sur les bancs des églises.» précise l’évêque. « C’est un chantier qui va durer plusieurs années car on a 36 paroisses. » avertit-il.

L’église, le cœur de la communauté

Les églises des villages et des villes restent des lieux de repère pour la communauté. Le diocèse rappelle que l’église est le lieu naturel de la célébration des funérailles. Le Père Lazuech souligne : « Il y a plus de 720 églises communales dans notre département. Une église n’est pas un lieu neutre : elle est le cœur de la communauté. Les personnes y voient des croix, un autel, des statues… elle exprime ce qu’est la foi chrétienne. En 2023 nous avons accompagné 2600 familles endeuillées à travers le département ». Les célébrations civiles, elles, restent en dehors des lieux de culte.

La question du corps

La crémation, choisie ou imposée – « tant qu’elle ne va pas à l’encontre de la foi en la résurrection des morts » – est également intégrée dans ce dispositif . Le rapport à la mort a changé: « On meurt moins à la maison, plus à l’hôpital et les visites se font maintenant au funérarium. selon les statistiques du crématorium de Rodez -400 en 2020, 800 en 2023 – le recours à la crémation a fortement augmenté, l’Église doit, aussi, s’adapter ». constate Mgr Meyer. Même si elle recommande que la tradition de l’ensevelissement soit respectée. « Le corps du défunt a été ce avec quoi il est entré en relation avec les autres, avec le bien de la création et avec Dieu » rappelle Mgr Meyer.

Des temps de prières

Un temps de prière, au funérarium et au crématorium peut aussi être organisé :  » Pour être présents auprès des familles dans ces moments difficiles » souligne l’évêque. Une attention particulière est aussi portée aux personnes non baptisées. « L’Église accueille tout le monde dans la prière, simplement dans ce cas les gestes liés au baptême ne seront pas posés » explique l’évêque. Une manière simple et claire de dire que chacun à sa place, sans exclure ni trahir la foi chrétienne.

Le casuel, une contribution de gratitude et de soutien

La question du casuel et de l’offrande des familles est également clarifiée : « Les services de l’Église ne sont pas payants. L’Église vit des dons de ses fidèles. Il est proposé aux familles de participer au soutien matériel de la communauté par le casuel, fixé à 200 euros pour une célébration, que ce soit à l’église, au funérarium ou au crématorium. Et bien sûr, les difficultés financières sont accueillies avec bienveillance » commente l’évêque. Et le Père Lazuech de préciser : « Non le casuel n’est pas pour arrondir les fins de mois des prêtres, ni des bénévoles. Mais il contribue à accompagner des jeunes, financer des camps, des activités catéchétiques, régler les charges liées aux bâtiments et plus largement permettre à l’Église de poursuivre ses missions au service de la communauté. » Les collectes pour d’autres associations, selon les volontés du défunt, se feront à l’extérieur de l’église pour éviter toute confusion.

Une coordination des intervenants essentielle

Le lien avec les pompes funèbres est crucial : « Quand on a un deuil, il faut que tous les acteurs s’entendent bien . Les familles sont en grande vulnérabilité, il est essentiel que les pompes funèbres et les équipes de l’Église coordonnent les horaires et la préparation pour être présents de façon cohérente et sereine », souligne Mgr Meyer. « Nous avons eu un très bon échange. C’est leur métier, ils voient tout l’enjeu de ces instants dont on se souvient toute sa vie. On a perdu le papa, la maman, on sait qui nous a accueilli, on revoit le lieu, on sait ce que l’on nous a dit » poursuit-il, soulignant, ainsi, l’importance de la présence et de l’attention de chacun dans ces moments cruciaux. Les documents relatifs à ces nouvelles orientations ont également été transmis aux maires afin de garantir une coordination optimale et un accompagnement attentif des familles, également, dans toutes les communes.

Au terme de cette réflexion et de ces nouvelles orientations, une bienveillance attentive et renforcée s’installe aux côtés de ceux qui pleurent : une main tendue, un regard compatissant, une présence chaleureuse. Au delà des rites, au delà des gestes, c’est la proximité, l’humanité et la fraternité qui consolent, soutiennent et apaisent ceux qui traversent ce temps si douloureux du deuil…