Le 11 novembre à Moyrazès, pas de faste, pas de grand tumulte, juste un rendez-vous discret de l’église au pied de la stèle, où quelques habitants se retrouvent pour raviver le souvenir. Cette année encore, la cérémonie était portée par le club des aînés, Le Soulicou, qui compte, dans ses rangs, quelques gardiens attentifs de la mémoire du village. Le temps d’une matinée, un pan de l’histoire collective refait surface, dans la simplicité et la ferveur du souvenir partagé.

Des noms à garder en mémoire
Ces noms, gravés, à jamais, dans la pierre, reprennent un instant toute leur humanité. À chacun d’eux s’attache une reconnaissance certaine. Dans les villages, ils ne sont jamais anonymes : ce sont des patronymes que l’on retrouve sur les boîtes aux lettres ou dans les registres communaux. Preuve silencieuse que ces guerres ont touché toutes les familles, sans en épargner aucune.

De l’église à la stèle
La matinée a débuté par une messe célébrée devant une trentaine de personnes par le père Manog, prêtre à Baraqueville. Puis, le cortège s’est rendu au pied du monument aux morts pour le dépôt de gerbes, présidé par Serge Gabin, premier adjoint. Lecture du manifeste, minute de silence et Marseillaise ont rythmé ce moment de recueillement. Comme dans beaucoup de patelins, les jeunes sont trop absents et ce sont les aînés qui ont assuré ce temps de mémoire. Pourtant un sourire et un peu de fraîcheur candide sont venus éclairer la cérémonie : c’est une petite fille qui a déposé la gerbe municipale.

Du bleuet au Coquelicot
Après avoir honoré ces soldats – dont le bleuet est l’emblème- quelques anciens ont prolongé leur retrouvailles aux Coquelicots. Une table les attendait au restaurant du village, chez Dominique et Laurent Bastide. Une parenthèse gourmande qui leur a permis d’égrainer souvenirs et anecdotes entre la poire et le fromage, sous l’œil amusé du prêtre Manog.

Gaston, veille sur un trésor : les souvenirs
Parmi eux, Gaston, 96 ans. Ce fringant nonagénaire attire les regards par sa vivacité. On le croise souvent sur sa bicyclette électrique, filant avec aisance sur les routes du Ségala. Sa silhouette familière traverse le village comme un trait de vie et d’histoire. Véritable mémoire vivante de Moyrazès, il est toujours prêt à partager récits malicieux et anecdotes croustillantes. Il sait aussi conter des épisodes plus intenses de la Grande Histoire qu’il a lui-même traversée.
Gaston est un des derniers à veiller sur ces trésors fragiles : les souvenirs. Souvenirs, tels qu’ils soient, qui ne vivent, ne se transmettent que par ceux qui savent les écouter …

