Sanvensa, Jean Gineste passe le flambeau de la mémoire : de la stèle aux écoliers, le devoir partagé

Ce 11 novembre, en fin de matinée, un joli rayon de soleil traversait la façade de l’église de Sanvensa. Il venait doucement caresser le Monument aux Morts, comme pour illuminer ce moment de recueillement. Cette année, la commémoration avait une résonance particulière. Jean Gineste, 91 printemps, président historique du Comité FNACA Sanvensa, Les Mazières, officiait pour la dernière fois, au pied de la stèle. Après des décennies de dévouement, il disait adieu à ce rôle qu’il avait porté avec humilité et fierté.

Silence et recueillement autour de la stèle

« Nous sommes, ici, pour un hommage aux victimes des trois grands conflits du XXᵉ siècle, aux soldats en OPEX et à tous ceux dont les noms sont gravés dans la pierre. Ne les oublions jamais !» rappelait Jean Gineste en ouvrant la cérémonie.

Autour du monument, des habitants de tous âges, Brigitte Mazars, conseillère départementale, Jean-Paul Espinasse, président du Comité FNACA Aveyron et des représentants militaires s’étaient rassemblés dans un silence recueilli. La maire, Suzette Clapié, a lu le Manifeste du Ministre, texte officiel qui inscrit toutes ces commémorations locales dans le cadre national. S’en est suivi le traditionnel dépôt de gerbe, sous le regard des deux porte-drapeaux stoïques. Puis la minute de silence….

La Marseillaise des petits citoyens

Les enfants de l’école (élèves de CE et CM), attentifs et concentrés, accompagnés de leur enseignante, ont entonné La Marseillaise. L’écho du devoir de mémoire, si cher aux anciens combattants, résonnait dans leurs voix fluettes. A cinq, ils ont, aussi, lu une lettre envoyée par un soldat à sa famille. Selon Léa Derly, leur maîtresse : « Pendant un mois et demi, les enfants ont écouté des témoignages, étudié des documents et travaillé la lecture pour préparer cette cérémonie. Ils ont été touchés par les gueules cassées , la vie dans les tranchées… Ils ont toujours été très respectueux, attentifs, concentrés même pendant les répétition de chant. Je pense qu’ils ont vraiment mesuré l’importance de ce devoir de mémoire.»

Les écoliers chantent la Marseillaise avec leur enseignante Léa Derly

Dans chaque famille, une part de cette Histoire

Agathe a lu un paragraphe de cette lettre, signée d’un certain Charles. Timide face à mes questions, elle a laissé la parole à son père, Laurent : «Elle s’est vraiment impliquée et a bien compris ce qu’elle faisait. Elle répétait même la Marseillaise sous la douche ! Ce qui est touchant, c’est que mon arrière-grand-père, qui s’appelait lui aussi Charles, était dans ces tranchées.»

Jean Gineste : confidences et espoirs

En aparté, j’ai partagé avec Jean Gineste, quelques unes de ses réflexions personnelles : «Il est essentiel de se souvenir que tous ces hommes sont morts pour que nous ayons la liberté. Que ce soit en 14‑18, 39‑45 ou en Algérie, nous devons transmettre ce souvenir. Mais il faut aussi réfléchir à ce que nous pouvons faire pour préserver la paix aujourd’hui.»

-Dites- moi Jean, que faut-il faire pour cela, selon vous ?

– Pour maintenir la paix, il faudrait, d’abord, que nos dirigeants recherchent l’union. Pour l’instant, c’est la pagaille. Je souhaite qu’ils arrivent à s’entendre pour que le conflit en Ukraine ne dégénère pas en guerre européenne.»

-Quel message transmettriez-vous aux jeunes générations ?

-Le message que je veux faire passer est très simple, mais essentiel: le passé est important, il construit le présent et prépare l’avenir. C’est pour cela qu’il faut toujours se souvenir…. »

Que pensez-vous de la relève à Sanvensa ?

Je pense qu’ici le devoir de mémoire est entre de bonnes mains. Voir des jeunes reprendre le flambeau me rassure. Ça me touche beaucoup que la jeune Alexandra, une enfant du village, soit porte-drapeau depuis quatre ans et puis que ses parents l’encouragent… »

Depuis quand êtes-vous président du comité FNACA Sanvensa Les Mazières ?

Depuis sa création en 1967. Mais la FNACA ne se limite pas aux cérémonies officielles. Nous avons organisé beaucoup de manifestations, de sorties, de repas et de voyages. Et j’ai même quelques anecdotes en mémoire. Au Futuroscope, Monnery, alors ministre, nous avait offert un diner-spectacle. Pour Verdun, Jacques Godfrain, (ancien conseiller général), nous avait trouvé un guide espagnol. Mais à La Rochelle, c’était incroyable… Grâce à Jean Rigal (ancien député aveyronnais), on avait pu visiter la mairie, alors que le lendemain avait lieu, là, le sommet Franco- allemand Mitterand-Kohl ! »

– Vous avez entretenu cet esprit FNACA de fraternité, de camaraderie et amitié

Il marque une pause, ému :  » Oui et surtout tout au long de ces années, j’ai eu la chance d’être épaulé par mon ami Roland Jonquières. Un ami fidèle qui a toujours été à mes côtés au quotidien et pour organiser, soutenir et partager. »

A la salle des fêtes, remerciements et hommages

A la salle des fêtes, dans une ambiance beaucoup moins protocolaire, la maire Suzette Clapié a remercié l’ensemble des participants, élus, autorité, représentants FNACA, enfants, enseignante… Elle a salué l’investissement des élèves : « Vous êtes notre avenir et le symbole de la transmission de la mémoire. Vous avez su vous approprier les valeurs héroïques de solidarité et de liberté, celles qui ont conduit nos aînés à défendre notre pays au péril de leurs vies. » Puis elle a également adressé un merci appuyé à Jean Gineste et Roland Jonquières : « Depuis des années vous veillez avec minutie à l’organisation de toutes les commémorations ».

Les félicitations du président départemental FNACA

Jean-Paul Espinasse, président de la FNACA Aveyron a aussi rendu un vibrant hommage à Jean Gineste. Il a notamment rappelé son remarquable travail de mémoire: « Jean a eu à cœur de retrouver et de consigner dans un livre d’or, les noms des 140 aveyronnais tombés en Algérie. Un travail de recherche et de rencontres avec les familles extraordinaire et colossal ». Il s’est félicité du « le retour progressif du devoir de mémoire au sein de l’Éducation Nationale » et de l’implication des écoliers du jour.

Des souvenirs palpables…

Le verre de l’amitié en main, chacun a pu découvrir une exposition d’objets militaires. Vestes, casques, képis, livres, photos de la collection personnelle de Stéphane Blanc ainsi que des livrets réalisés par le comité FNACA offraient à cette matinée du souvenir quelques témoignages visuels et vibrants.

Passent les années, passent les saisons, le Monument aux Morts, témoin silencieux des sacrifices, continue de rappeler à chacun l’importance de se souvenir .« Le 1er novembre 2026, cela fera 100 ans qu’ il a été érigé à Sanvensa » souligne Jean Gineste, convaincu que la mémoire partagée et transmise reste la plus belle façon de nourrir la paix.