Rieupeyroux,Dédé Bourthoumieu a fêté ses 100 ans : mémoire d’un héros, malice d’un complice, entre Grande et petites histoires

Ce lundi 17 novembre, à Rieupeyroux, un sympathique comité mettait à l’honneur André Bourthoumieu. À 100 ans et un mois, il laisse encore entrevoir humour et malice et ses souvenirs éclairent ses récits. André pour l’Etat civil, certes… mais, pour tout le monde ici, c’est Dédé. Marqué par les sombres années de sa jeunesse, il a fait rimer, toute sa vie, son affectueux surnom, avec convivialité.

Un comité de la gourmandise pour Dédé

Le local à côté du terrain de foot était animé avant même le début officiel de la soirée. Tous étaient là : sa famille, ses voisins de la rue de Panassac, ses anciens camarades de club, des représentants d’associations, des élus locaux… venus célébrer, Dédé, figure emblématique du bourg. Les tables débordaient de pizzas, de quiches, de plateaux de charcuterie et de fameux farçous, préparés par les voisines de Dédé toujours prêtes à dégainer leurs meilleures recettes pour honorer un des leurs. Pas de doute, une réunion secrète du comité de défense de la gourmandise avait eu lieu en coulisses ! Et au milieu de ce festin, trônait la tarte au pomme, sa rangée de bougies alignées comme une petite escouade, prête à tomber sous le souffle du centenaire le plus en vue du moment !

Le temps des cicatrices et des valeurs

Né le 18 octobre 1925, sous la présidence de Gaston Doumergue, Dédé a traversé un siècle marqué par de profondes transformations. Il a connu treize présidents de la République. Il a grandi à une époque où l’on pansait encore les cicatrices de la Grande Guerre. Des années où le travail forgeait les journées et où la solidarité était une valeur de chaque instant. Et lorsque l’Histoire s’assombrit à nouveau, il n’avait pas 20 ans….

Sa jeunesse, le prix de la liberté

« Dédé, si vous deviez retenir un épisode de votre vie, lequel resterait à jamais gravé ?

-Ce qui m’a le plus marqué, c’est mon entrée au Maquis du Guesclin. J’avais 18 ans. » me confiait-il le regard embué. Puis je suis parti en Alsace et à 20 ans en Autriche , sous l’Occupation. Tout ça on ne l’oublie pas. »

Comme tant de jeunes en Segala il refusa la résignation et devint l’un des résistants du Maquis. Installé dans les bois de Miejesaules autour de Prévinquières et de Mirabel, le Maquis Du Guesclin accueillait les réfractaires au STO, organisait des sabotages, transmettait des renseignements, veillait sur les habitants. Ils n’avaient que peu de moyens, mais un courage immense et un engagement profond. Ils ont offert leur jeunesse au service de la Liberté – notre liberté. Voilà qui force le respect.

Dédé, un passeur de mémoire

Aujourd’hui Dédé est le dernier témoin de ces années de Résistance en Ségala. Comme ses compagnons d’infortune, il a toujours porté cette mémoire. Avec lui, elle prend une dimension encore plus précieuse. Elle n’est pas seulement une page d’histoire : elle est une voix, un regard, un sourire, une présence. Le Souvenir Français a tenu à honorer ce gardien de la mémoire, lui remettant un diplôme pour son dévouement et sa bravoure.

Un mari, un père, un facteur

Après la guerre, Dédé devient facteur à Paris, où il retrouve Yvette, originaire de Pradinas. Il se marient dans les années 50, puis reviennent s’installer au pays. A Rieupeyroux, Dédé distribue le courrier avec son habituelle bonne humeur, tandis que la famille s’agrandit. Le couple aura quatre enfants : trois filles et un garçon.

Du terrain de foot à celui de pétanque

Dédé a toujours été très impliqué dans la vie associative. Il a été membre du club de foot de Rieupeyroux jusqu’à 94 ans. Bien- sûr pas pour courir derrière le ballon, mais surtout après les moments de camaraderie et pour encourager les jeunes générations. Dès 1973, il a rejoint le club de pétanque. Jusqu’à il y a une dizaine d’années, il titillait encore le cochonnet avec plus de gaité que de précision, sa vue déclinant doucement…. Comme le rappelait un responsable de La joyeuse Boule Rieupeyrousaine : « Dédé aimait bien les chansons paillardes… et surtout il les adaptait sur le moment ! »

Chansons, rires et petites malices

Ses chansons revisitées accompagnaient aussi les mémorables repas des voisins de la rue de Panassac. Entre les plats qui allaient et venaient et les verres qui se vidaient-parfois un peu plus vite que de raison! – s’élevait une symphonie de rires. Dédé était un des chefs d’orchestre de cette bonne humeur. Toujours prêt à glisser un mot drôle ou improviser une remarque malicieuse, il savait transformer chaque anecdote en récit croustillant. On ressortait de ce marathon pétillant les joues endolories avec la folle envie de se retrouver très vite !

Dédé à cent pour cent

Lors de sa fête d’anniversaire, Dédé a reçu de nombreux cadeaux, dont un maillot de foot offert par le club, qu’il a arboré fièrement toute la soirée. Et puis est arrivé le moment tant attendu : le gâteau d’anniversaire. Dédé s’est levé, sous les applaudissements nourris et les crépitements des flashes, chaque flamme s’est inclinée sous le souffle du centenaire espiègle.

Eh bé y’a du monde !

Ému et surpris , Dédé me confiait : « eh bé ce soir, y’ a du monde…c’est vrai que j’ai rendu service à beaucoup de gens dans ma vie mais ça ne m’a pas demandé beaucoup d’effort » remarquait-il d’un petit sourire taquin.

Au rythme de ses habitudes

Malgré quelques petits soucis de vue et d’ouïe, Dédé continue à suivre les matchs de foot et de rugby à la télévision, et à se promener dans le village, au bras de l’une de ses filles qui veille sur lui. Il vit toujours dans sa maison, rue de Panassac.

Quelques effluves de bonheur pour Dédé

Dédé, ça vous fait quoi d’avoir 100 ans ?

Eh bien… ça ne me rajeunit pas ! » me lâchait-il d’ un air taquin

Des albums photos et quelques clichés accrochés aux murs faisaient revivre mille souvenirs avec Dédé. Repas de quartier, partie de pétanque, matches, éclats de rire capturés sur le vif…chacun pouvait se retrouver, aux côtés du centenaire, sur des images parfois un peu jaunies mais toujours vibrantes de souvenirs.  » Voir un centenaire comme Dédé, ça donne de l’espoir. » Toujours facétieux et rassembleur Dédé continue de semer la joie autour de lui, preuve en fut faite, lundi soir. Bon anniversaire Dédé ! Que chaque jour à venir soit, pour vous, à l’image de cette fête, plein de chaleur, de complicité et de ces petits bonheurs partagés qui parfument le quotidien d’effluves de bonheur…