A Sauveterre-de-Rouergue, aux portes du Tarn, la vallée verdoyante du Lézert fut l’écrin d’un lieu de légende : Le Valadier. Des années 70 aux années 2000, cette discotèque a été le refuge des timides, des audacieux, des fêtards, des amoureux. Des rôles qui pouvaient être interchangeables selon l’heure et la générosité du barman! Un temple de la fête, du flirt et de la clope qui piquait les yeux, où se sont formés plus de couples que sur les applis de rencontres et où quelques amours éternelles ont vu le jour au détour d’un slow…

Les gardiens du mythe, une équipe formidable
Aujourd’hui, grâce à l’association Le Valadier, pilotée par Roger Vermande, le patron mythique de la discothèque de 1980 à 2001, son complice Nicolas Foltzenlogel et toute une dynamique, la mémoire du Valadier renaît. Leur ambition, c’est de faire revivre, le temps d’une soirée annuelle, une époque où la liberté se dansait sur les vinyles. Une époque où on espérait que nos chaussures à talons survivraient à des rythmes endiablés. Une époque où le temps des slows faisaient battre nos cœurs. Une époque où une des plus grosses inquiétudes était de savoir si notre chauffeur de la soirée n’oublierait pas de nous ramener ! Et je peux vous dire que ce n’était pas toujours gagné, surtout quand il avait trouvé, dans la soirée, une nouvelle petite copine !

Des paillettes dans nos nuits
Et puis, comment oublier cette atmosphère unique ? La salle noyée dans les volutes de fumée, la lumière de la boule à facettes qui découpait l’air en paillettes, les néons roses et bleus qui coloraient les visages, les parfums bon marché qui se mêlaient aux effluves de jet 27, de gin, de bailey, les voix couvertes par le boum-boum des enceintes… On en sortait en sueur, les cheveux parfumés à la Gauloise, la chemise collée au dos — mais heureux, vivants, libres. J’ai été au milieu de cette effervescence dans les années 80/90, âge d’or des discothèques. Alors, forcement, en écrivant ces lignes quelques souvenirs- mes souvenirs- remontent en mémoire. Mais pas seulement les miens car nous sommes nombreux en quatre décennies à en avoir engrangés.
Le Valadier, toute une ambiance
Parce que oui, au Valadier, on ne venait pas que pour danser. On venait vivre, vivre des soirées de folie, des histoires d’amour et d’amitié. On s’y est trouvé, retrouvé, disputé, réconcilié. On y a dansé, bu, pleuré. On y a ri, chanté… On y a vu passer quelques vedettes en concert, on s’est déchaîné sur quarante ans de tubes. On a tous un souvenir accroché à une boule à facettes de cette discothèque. Alors, forcément, laisser tout ça sombrer dans l’oubli ? C’était impensable

Recréer ce temple de la nuit
L’association a donc pris les choses en main. Une fois par an, elle recrée, le temps d’une soirée, l’ambiance Valadier, dans la salle des fêtes de Rodez. Et c’est un sacré défi. Douze mois de préparation doublés de quelques prouesses logistiques et administratives : des arrêtés municipaux à obtenir, aux kilomètres de câbles à dérouler, des tables à dresser, un décor à planter… C’est un très bel évènement qui réunit 1 500 personnes, prêtes à se trémousser comme au temps des années glorieuses de ce temple de la nuit aveyronnaise. Le tout dans un décor totalement vintage. Tout y est : la sono, les jeux de lumière, la piste, le repas, les cadeaux à gagner, les goodies – et même le photobox.

Vintage, avec les vieux tabourets restaurés et le décor en contreplaqué flanqué de sa tapisserie kitch pour immortaliser vos plus beaux sourires. Et, cerise sur la boule disco : un vieux téléphone. Pas un smartphone, non. Un vrai, avec cadran et fil qui s’enroule et se torsade. Quand on appuie dessus, il sonne.
Quand le coup de fil était le top départ
Et là, j’aimerai bien vous parler de ce temps que les moins de 20 ans… Du temps où je guettais le « dring » du téléphone.
« Allô ? On va au Valadier ce soir ? » Je sussurais un « – oui, tu viens me chercher » dans le combiné, sachant pertinemment que derrière mes parents tendaient l’oreille en douce. Et la tombait la question implacable et redoutée, du fond de la cuisine : « Tu nous as demandé la permission? » Pour seule réponse, je disparaissais dans la salle de bain, à coiffer une mèche rebelle, à maquiller un œil déjà trop charbonneux, à souffler, reculer, recommencer…avant d’envahir la chambre, empiler les fringues sur le lit, tout essayer, esquiver quelques pas de danse improvisés et vérifier que la coiffure survivrait à chaque saut. Un klaxon retentissait : ma copine était là. Je lançais un « à demain! » à la cantonade en claquant la porte, je m’engouffrais dans la voiture, cap vers les nuits étoilées du Valadier. Je vous avais prévenu … Oui, c’est du vécu !

La danse des fiers et des fêtards
Au Valadier, il y avait toujours foule. Entre deux départements , c’était le terrain neutre où se retrouvaient tarnais et Aveyronnais venait mesurer leur pas de danse et … parfois leur ego. Car, il suffisait d’un regard un peu trop fier, d’une fille convoitée par les deux camps, pour que les torses se bombent et que l’air s’électrise. Une montée d’adrénaline, une poussée de testostérone, une escarmouche annoncée.. Mais, l’intervention du videur, deux mots , un verre sur le comptoir et tout retombait. On n’était pas là pour la castagne mais pour danser, s’amuser et … draguer!

Les héritiers du dancefloor
Pour ce rendez-vous annuel proposé par l’association, les DJ du Valadier reprennent du service et parfois, même leurs enfants assurent la relève – preuve que la passion du mix, ça se transmet, ici, comme la vraie recette de l’aligot. Pour reconstituer l’ambiance de ces belles décennies, l’association sort, chaque année, l’artillerie lourde : vieils ordinateurs, bornes d’arcade, consoles de jeux, mobylettes comme celles qui vrombissaient sur le parking du Valadier, un fan de Scooby-Doo vient même présenter son stand à chaque édition. Bref, l’association glane un tas d’objets qui nous replongent directement dans le tumulte joyeux de ces années festives. C’est un véritable espace vintage en pleine expansion. On y trouve déjà plus de 350 affiches originales, des flyers, des goodies (parfois “empruntés” à l’époque par des fêtards pas peu fiers de leurs trophées), des enregistrements audio et vidéo (également consultables sur le site levaladier.fr).

A la recherche des trésors perdus
Mais il en manque encore !
Avis à la population : si vous avez dans vos placards des cassettes, affiches, photos, t-shirts, jouets, objets, vêtements, ou tout autre trésor lié à cette période bénie, faites-les connaître !
L’association les numérise, vous les rend, ou vous pouvez en faire don. Et si vous avez une boutique vintage, un stock de fripes, si vous collectionnez les objets des années 70 à 2000, venez exposer gratuitement lors de la prochaine soirée : c’est une vitrine en or, et une façon unique de participer à cette belle aventure collective.

Une certaine école de la Liberté
Derrière tout ça, il y a aussi un message fort.
«On veut que nos enfants connaissent cette liberté que nous avions, confie Nicolas. Celle de boire un verre, de danser, de rire sans qu’on nous dise comment vivre. »
Parce que, finalement, le Valadier, c’était une école de liberté. On y venait pour s’amuser, pas pour se juger. C’est ce souffle que Roger, Nicolas et toute leur équipe veulent raviver : une fête sincère, joyeuse, populaire, où les générations se mélangent, où les souvenirs refleurissent. Chaque année, les plus vieux baroudeurs du Valadier malgré les cheveux gris et les genoux qui grincent, ont toujours la même fougue et les plus jeunes testent avec curiosité et gourmandise ce terrain de liberté et d’insouciance !

Top départ pour la course aux souvenirs
La prochaine grande soirée du Valadier aura lieu le 19 septembre prochain. En attendant les couleurs de la discothèque sont fièrement portées sur les maillots des marathoniens de l’équipe, vous pourrez les encourager sur la Ronde de Noël à Rodez. «On a arrêté de fumer. Comme on ne veut pas grossir, on court.» justifie Nicolas d’un large sourire.
En parallèle le top départ de « la course aux souvenirs » est lancé dès maintenant. Parce que ces petits fragments de mémoire mis bout à bout sont de précieux témoignages. Ne laissez pas vos souvenirs someiller au fond des placards et des garages ni vos clichés de l’époque jaunir dans les albums photos … manifestez vous auprès de l’association via leur page Facebook ou leur site.

Un peu de notre histoire ségalie
Le Valadier fut bien plus qu’une boîte de nuit . C’est un pan de notre histoire locale Ségalie, un lieu où se sont croisées les époques, un coin de vallée devenu lieu de mémoire collective. Un endroit où nombre d’entre nous a laissé un bout de jeunesse, un éclat de vie que l’on n’a pas envie d’oublier. D’ailleurs le Valadier ce n’était pas « une discothèque ». C’était « notre discothèque ».

