Moyrazès et Druelle : Chasse et parenthèse gourmande entre gens de bonne société


À Moyrazès, la chasse n’est pas seulement une affaire de battue, de petit gibier et de territoire. C’est aussi, parfois, une histoire de voisins, de tables bien garnies, de récits que le temps se charge de brouiller, truffés d’anecdotes qui n’ont rien à envier à celles de Tartarin de Tarascon !

Encore un coup mais… de fourchette !

Dimanche dernier, l’association Chasse Moyrazès Maresque avait convié ses voisins tout aussi passionnés de battues et de gibiers champêtres : l’Entente Chasse Druelle. Une structure présidée par Joël Deloustal. Ces joyeuses équipes de chasseurs étaient manifestement ravies de cette journée placée sous le signe de la convivialité… et du bon coup de fourchette. Un rendez-vous qui s’inscrit presque dans la tradition, aussi, puisqu’ il a lieu depuis quatre ans.


La matinée s’était ouverte par une battue, sur une partie des 2 800 hectares du territoire de chasse local. Durant la saison, les 53 permis de la société de Moyrazès y traquent principalement le gros gibier- sangliers et chevreuils en tête- à raison d’une soixantaine de battues annuelles. Autre activité de la société : les lâchers de plumes avec 200 faisans et perdreaux. Des volatiles qui partagent les collines vallonnées du Ségala avec les lièvres déjà bien présents sur le terrain.

La relève qui fait rimer passion et attention

Une organisation bien rodée qui attire la relève. On compte dans ses rangs une vingtaine de jeunes. Tous partagent la volonté de transmettre des pratiques plus sûres. « Les jeunes ont aujourd’hui des formations plus poussées que nous, à l’époque », reconnaissent les anciens, ravis de cette évolution, un gage de sécurité et de vigilance accrue.

Parmi eux, Mathieu partage sa passion avec son père, son oncle et son cousin. Il aime la nature, les chiens, courir le lièvre et le petit gibier. Ou encore Franck, sociétaire depuis deux ans, qui se régale à suivre les chiens et battre la campagne en s’initiant avec enthousiasme aux traditions de la chasse locale.

Claude, président depuis…un certain temps !


À la tête de la société de chasse de Moyrazès, Claude Garrigues. Il est président depuis… un certain temps. « Depuis quand exactement ? » Ma question a visiblement déclenché une petite séance de remue-méninges collectif. « Je ne m’en rappelle plus », avoue le président, avant de se tourner vers son voisin de gauche et d’énumérer quelques repères historiques comme la construction de la salle de dépeçage … Finalement, l’ancien président André, interpellé, tranche : « Quand je l’ai quittée, tu as pris la présidence. » Verdict après concertation : « Alors, ça doit faire treize ans ! ».

La brigade des chasseurs aux fourneaux


Mais cette journée annuelle n’aurait pas été complète sans son deuxième acte, tout aussi attendu : l’apéritif et le repas. Direction la salle des Arméniés, investie pour l’occasion par une brigade de chasseurs métamorphosés en cuisiniers. Tabliers noués, manches retroussées, concentration maximale dans les généreuses volutes d’un fumet prometteur, ils étaient à l’œuvre.

Aux fourneaux, Philippe Fraysse, expert reconnu en sauce gribiche, écrasait consciencieusement les jaunes œufs avec le sérieux d’un chef étoilé.

À ses côtés, Michel Pouget, tout aussi affairé autour de la marmite de soupe, résumait la philosophie culinaire maison: « On fait des grands plats avec des petits riens. »

Un festival de saveurs dans l’assiette


Au menu : soupe de campagne aux “garous, les tendons- pour donner du goût » – tête de sanglier, frites, et salade de fruits pour conclure. Un menu royal, unanimement apprécié à l’image de cette journée vécue la fleur au fusil.


Le maire Michel Artus, le premier adjoint Serge Gabin (commission associations) étaient invités à ses copieuses ripailles. Ils ont, comme les autres convives, savouré la soupe goûteuse, la sauce gribiche qui a tenu toutes ses promesses avec le sanglier fondant et les frites dorées. De quoi accompagner, gourmandement, les récits de chasse, qui au fil des jours, des mois et des ans – c’est bien connu !- gagnent en longueur … et parfois un peu en panache !

La chasse au féminin


Contrairement aux idées reçues, la chasse dans nos contrées n’est pas une affaire exclusivement masculine. Les charmantes présences de chasseresses, Cynthia à Moyrazès et Tayana à Druelle illustrent l’évolution des pratiques et des mentalités. Les deux jeunes femmes participent à une dynamique nouvelle et toute deux assurent « être bien intégrées au groupe ».

Tayana par amour des chiens et … de son homme !

Tayana, de Goutrens- Druelle, fait partie de la Team Cassaire, un groupe de passionnés réunis autour du travail des chiens de chasse. Le terme « cassaire », issu de la langue occitane locale, désigne le chasseur et son compagnon canin, soulignant l’attachement à la tradition et à la complicité entre les deux. Avec ses compagnons à quatre pattes — des gascons et des beagles — la Team Cassaire traque principalement les chevreuils, sur invitation dans tout l’Aveyron. Si Tayana a commencé la chasse, c’est un peu par amour : il y a sept ans, son conjoint Jérémie, chasseur convaincu, lui a lancé malicieusement: « Si tu veux me voir le week-end, il faudra venir à la chasse ! » Défi relevé et Tayana, manifestement, ne le regrette pas.

Cynthia, quand la passion se transmet naturellement

Cynthia, 26 ans, a la chasse dans le sang : son père, son grand-père et son frère sont tous chasseurs. Chasseresse depuis cinq ans, elle affectionne particulièrement les postes, profitant de chaque instant en pleine nature. Elle chasse aussi avec son compagnon, Jordan. « Les chasseurs sont aux petits soins pour moi », confie-t-elle avec un sourire. À l’image de sa passion pour un milieu longtemps masculin, Cynthia a choisi un métier qui ne l’est pas moins : peintre en bâtiment. Voilà une jeune maman au caractère bien trempé, à la fois sur les terrains de chasse et sur les chantiers.

Question de diction… et de bon sens

Ainsi, jeunes et moins jeunes se retrouvent autour des battues, des chiens et des moments de convivialité. Avant de refermer cette page, un petit exercice de diction s’impose, juste pour le plaisir avec ce virelangue : un chasseur sachant chasser doit-il savoir chasser sans son chien? Réponse unanime des connaisseurs : « Non sans son chien, un chasseur n’est rien ! »