Rencontres un dimanche électoral à Moyrazès, une belle galerie de portraits choisis

Dimanche, les conseillers municipaux sortants se sont relayés tout au long de la journée pour accueillir les habitants venus accomplir leur devoir électoral. Dans ce décor se sont croisées toutes les générations : des votants de toujours, des jeunes et des nouveaux habitants. Allons à leur rencontre !

A voté, a voté, a voté, la petit refrain électoral

Chaque électeur suivait , consciencieusement, son petit parcours de l’isoloir au bureau de vote. Chacun laissant son autographe avant de glisser son son bulletin dans l’urne. Action ponctuée d’un “a voté !” renforçant l’importance de cet acte civique. Que des gestes classiques, pour la plupart des habitants votants de la commune, mais un moment un peu plus particulier pour d’autres… et l’occasion faire quelques rencontres sympathiques pour la Gazette !

Voter, un devoir pour les doyens

Devenir maire de Moyrazès ou même avoir été maire serait-il un gage de longévité ? Gilbert Sérieys , 105 ans depuis le 11 janvier, semble en donner l’exemple ! Premier magistrat de la commune de 1962 à 2001, il en est devenu le doyen. Dimanche; il ne s’est pas déplacé jusqu’aux urnes . « Mais, il se tient toujours très au courant de ce qui se passe dans la commune. » témoigne l’actuel maire, Michel Artus.

Son « cadet », André Gombert, affiche fièrement 98 printemps et dimanche il est venu accomplir son devoir électoral. Tout comme le benjamin de cet étonnant trio, le fringant Gaston Rey, qui soufflera ses 96 bougies le 14 juin prochain.

Gaston et son compagnon de route

Rares sont ceux qui ont déjà croisé Gaston… sans son vélo. Car pour pédaler, il pédale, avec, depuis quelques années, une petite assistance électrique, mais tout de même ! Gaston confesse « de 3000 à 3 500 km par an : de Moyrazès à Sauveterre, de Limayrac à Ampiac, Baraqueville… « La semaine dernière je suis allé à Lax ! » Des kilomètres que Gaston dévore avec appétit et enthousiasme comme il croque la vie. Une vie remplie de souvenirs.

Des bancs de l’école à l’atelier paternel

Né le 14 juin 1930, cet enfant du pays, suit les traces de son père Adrien, charron-serrurier. « Oui j’ai été son apprenti. On avait l’atelier là, à l’entrée du village ! » Ses souvenirs d’enfance sont ancrés dans chaque pierre, chaque mur :  » Je suis allée à l’école ici, aujourd’hui , c’est la bibliothèque ». Il se souvient avec tendresse de ses enseignants. « Mr et Mme Carel. J’ai eu Jean Mazenc aussi, mais, un an seulement ». De 1943 à 1945 Gaston a quitté Son Ségala pour deux ans de pensionnat au Sacré-Coeur à Rodez.

Majeur et votant mais pas avant … 21 ans

Gaston est né à Moyrazès, sous la mandature municipale de Joseph Ginestet, il a grandi sous celle de Célestin Ricard. Il se souvient de son premier vote « dans les années 50 » . L’âge de la majorité étant à l’époque de 21 ans, ce devait être en 1953 précisément. « C’était à l’époque Ernest Sérieys qui était maire, le père de Gilbert » confirme Gaston. Gaston né sous l’ére de Gaston Doumergue se souvient aussi de son premier vote pour une présidentielle « Pour Vincent Auriol puis il y a eu René Coty surtout Charles de Gaulle ! » s’amuse Gaston.

Suspicion sur la chignole…

Le général qu’il croise avec son père à Rodez par hasard…ou presque ! Gaston prend un air taquin et me raconte : « Mon père et moi devions faire réparer une grosse chignole à Rodez dans une quincaillerie, en- dessous de la mairie. On savait bien que De Gaulle était en visite à Rodez mais pas précisément où… Mon père portait cette lourde chignole sur l’épaule et quand on est arrivé devant la mairie il y avait foule, le général était là. On tente de traverser, mais on a été retenu par le service d’ ordre ! » Lequel, en effet, avait craint un instant qu’il s’agisse d’une arme sur l’épaule du père de Gaston. C’était en 1961.

Une demi-douzaine de maires…

C’est le seul président que Gaston ait croisé. « Mitterrand est bien venu à Baraqueville mais je n’y suis pas allé ! » me confesse-t-il. En revanche, Gaston a connu six maires de Moyrazès Joseph Ginestet, Célestin Ricard, Ernest et Gilbert Sérieys, Jacques Panissal et Michel Artus. « Michel , je l’ai même fait sauté sur mes genoux ! Quand j’étais charron j’allais dans les fermes, alors je l’ai vu naitre! » s’amuse-t-il. Et tandis que Gaston évoquait ses souvenirs avec malice, quelques jeunes majeurs s’apprêtaient à franchir une nouvelle étape de leur vie citoyenne : voter pour la première fois.

Voter, une première pour ces jeunes

Dimanche, plusieurs jeunes du village ont vécu un moment symbolique, où la fierté de voter se mêle à la curiosité de participer à la vie de leur commune, parmi eux Bastien et Oriane.

Bastien, exprimer sa voix

Bastien, né le 15 novembre, a grandi à Moyrazès, où il habite avec ses parents. Étudiant infirmier à Rodez, il est impliqué dans la vie locale au sein du groupe des conscrits. Il abordait, dimanche, ce premier vote avec sérieux et intérêt. Pour lui : « C’est un peu de fierté ».  » On nous donne la possibilité de nous exprimer de donner notre avis, alors oui c’est important pour moi de voter » estime le jeune homme. « Connaitre et s’intéresser au maire à son équipe, à ce qui est fait ». Bastien veut donc, pleinement profiter, des pouvoirs qui lui sont conférés et sera de retour aux urnes, l’an prochain, pour les présidentielles. « Ah oui! » concluait-il avec conviction.

Oriane, voter c’est grandir

Oriane Gal, a fêté ses 19 ans en janvier. Mais elle votait pour la première fois dimanche à Moyrazès, puisqu’il n’y a pas eu d’élection depuis ses 18 ans. Elle vit avec ses parents depuis sept ans, ici . Elle a grandi dans le village voisin de Druelle. Après des études au lycée Monteils à Rodez, elle est actuellement en recherche d’emploi dans l’administration. À Moyrazès, sa maman a tenu un salon de coiffure, fermé il y a une dizaine d’années.

Pour Oriane, ce premier vote est une expérience particulière. « On voit nos parents voter, et puis le jour où c’est nous… Eh bien, on se sent… on se sent adulte » confirme-t-elle. Consciente de l’importance de ce moment, elle a posé des questions et s’est renseignée auprès de son entourage pour savoir comment faire correctement. Elle pense « qu’il est très important de pouvoir donner son avis et de soutenir par le vote, des candidats qu’elle juge légitimes ». Ce geste lui donne aussi le sentiment « de se sentir grandir et responsable « . Comme un pas symbolique vers l’âge adulte qui lui permet de s’impliquer autrement dans la vie de sa communauté.

Marie-Line et Thierry, une belle histoire

Parmi les nouveaux habitants votants, Marie-Line et Thierry, un sympathique couple de sexagénaires venus de Saône et Loire en Bourgogne. Ils se sont installés sur la commune, il y a trois ans et demi. Leur histoire avec l’Aveyron commence presque par hasard . « Et c’est une belle histoire ! » s’exclament-ils, tout sourire. La voici…

Sur le chemin…à bicyclette !

Thierry, passionné de vélo, décide de se lancer dans un périple depuis chez eux, jusqu’à Saint-Jean-Pied-de-Port. Sur son trajet est prévue une pause à Bozouls. « L’Aveyron, je ne connaissais pas du tout ». Mais une panne mécanique l’empêche de repartir, le laissant un peu désemparé sur une route inconnue en plein cœur du Causse Comtal ! C’est alors que Patrick, de Pierrefiche d’Olt croise son chemin et, lui propose son aide….Dois-je vraiment préciser que la bienveillance est une seconde nature chez l’aveyronnais ? La suite vous prouvera, une fois de plus, que non!

« Mercanou, c’est notre Amérique à nous ! »

Car de cette rencontre fortuite naîtra une amitié sincère entre Thierry et Patrick et leurs épouses Marie-line et Betty. une donne qui a rebattu les cartes, notamment les « Michelin » ! Car les séjours dans notre département ont été de plus en plus nombreux pour les bourguignons. « On avait la chance d’avoir un camion aménagé », de quoi donc encourager leurs escapades aveyronnaises … Le charme a tellement opéré que, pour eux, la vie de retraité ne pouvait plus rimer qu’avec aveyronnais. Encore en activité dans leur Bourgogne natale, ils consacraient leur week- end à visiter des maisons en terres aveyronnaises. . Jusqu’à ce coup de coeur pour un corps de ferme, près de Limeyrac « au lieu dit Mercanou, notre Amérique à nous !  » me lance Thierry avec un petit air malicieux. D’habitude c’est moi qui m’ amuse à ce genre de jeux de mots… je me suis fait voler la vedette !

« On voisine très bien! »

De mois de travaux, d’aller et venues entre ici et la Bourgogne, plus tard, après s’ y ‘être délaissé de leurs attaches immobilières, Marie-Line et Thierry ont posé définitivement leurs valises dans la commune de Moyrazès. Comme le résume Thierry et l’adoube Marie -Line d’un large sourire : « Dans la vie, il faut oser ! » Si leur arrivée a suscité un temps un peu de curiosité chez les voisins, ils s’en amusent aujourd’hui et poursuivent leur intégration avec enthousiasme. « On voisine très bien ! » s’enthousiasment-ils. Ils se sont bien intégrés et participent activement à la vie communale. Marie- Line, bénévole à la bibliothèque y encadre avec plaisir les maternelles. Leur implication dans les chemins de randonnée leur entretien, leur balisage, tout comme leur dévouement à l’épicerie sociale de Baraqueville compte aussi parmi leurs occupations.

Encore une petite formalité et ils seront aveyronnais

Enfin, en ce jour d’élections, leur venue au bureau de vote prenait tout son sens. « Même si pendant longtemps on a croisé le maire – puisque nous sommes voisins- sans savoir qui il était «  plaisantent-ils. Pour Marie-Line et Thierry, voter à Moyrazès n’était pas, dimanche, un geste anodin : c’ était sans doute l’expression d’une liberté, la liberté de s’impliquer et de participer pleinement à la vie de leur nouveau village. Reste maintenant, pour eux, une dernière petite formalité : acquérir quelques pointes d’accent aveyronnais !

Gabriel et Paul, tout comme Papa ou presque !

A l’heure du dépouillement, le suspense n’était pas très grand, la liste étant seule en lice. De ce fait, peu de public s’était déplacé pour assister à ce moment. Je remarquais cependant dans l’assistance deux jeunes Moyrazèsois : Gabriel, 12 ans, et Paul, 9 ans, deux frères, accompagnés de leur maman. Un peu étonnés de les voir là, les jeunes garçons m’expliquaient qu’ils avaient été gentiment embarqués par leur maman. Alors que je les interrogeais sur leur connaissances électorales. Leurs réponses pertinentes me surprenaient . « On a appris à l’école et puis Papa est conseiller municipal et il va être réélu puisqu’il n’y a qu’une liste! » . Je les questionnais sur leurs futures ambitions municipales et professionnelles : « Élus non, mais on veut devenir tous les deux agriculteurs… comme Papa ! »