Dans la cordonnerie de Baraqueville, les effluves de cuir et de colle flottent dans l’air, grisants, presque enivrants. Ces parfums sont curieusement restés identiques à ceux de notre enfance quand on poussait la porte d’un de ces ateliers pour faire ressemeler une chaussure. Chaque machine, chaque outil, ici, affiche un charme désuet et semble garder jalousement les secrets d’un vrai savoir- faire. Dans cet univers, un peu hors du temps, Vanessa Muratet a choisi de marcher dans les pas de son père André. De fil en aiguille, fidèle à l’esprit de son enseigne depuis 2023 « De paire en fille », Vanessa ouvrait, récemment, son atelier, pour la première fois, à des stagiaires très motivées.

Faire soi-même : c’est le pied !
Ces quatre dames étaient très enthousiastes à l’idée de faire des pieds, et surtout des mains, pour confectionner, elles -même, leurs sandales sur-mesure. Une activité presque familiale, ce jour-là, puisque la mère de Vanessa, Anne Marie, sa belle mère Nadine, Flore également de sa parenté, participaient avec Christine à cette journée initiatique et créative. Vanessa proposait quatre modèles à la réalisation. Deux d’entre- eux emportaient les suffrages des apprenties.




Anne- Marie , tel père, telle fille
Anne-Marie, la mère de Vanessa, était « ravie de partager ce moment avec sa fille et de découvrir ce métier ». Une découverte oui, car, si son mari, André, a longtemps exercé dans cet atelier : « c’était son travail et moi j’avais le mien! » Elle aime beaucoup les travaux manuels et trouvait que » c’est une très belle expérience, Vanessa est à notre écoute et fait preuve de beaucoup de patience! ». .Profitant pleinement de ce moment de complicité et de partage avec sa fille, Anne- Marie me confiait « sa fierté de voir cet atelier continuer à vivre et à bien vivre ». Ce stage, tout comme pour Nadine lui avait été offert par le Père Noël.

Nadine, fabriquons en Aveyron
Nadine, qui habite à Savigny-sur-Orge en Île-de-France, a profité de son séjour en Aveyron pour s’initier à ce savoir-faire. Elle a excercé un métier manuel, mais beaucoup moins artistique, elle était bouchère. Nadine confesse aimer « couture, jardinage, tapisserie, peinture, tricot… » . Bref, tout ce qui lui permet de créer et d’expérimenter. Et d’autant plus sous l’égide de Vanessa, dont elle soulignait, elle aussi « la patience et la bienveillance ».

Flore, une parenthèse créative
Flore se réjouissait également de cette expérience. « J’aime aussi beaucoup les travaux manuels et la couture. » « D’ailleurs, elle coud sans patron », enchérissait Anne-Marie avec une pointe d’admiration. Mais Flore ne s’arrête pas à la couture : elle aime bricoler et rénover sa maison, et ce stage est pour elle l’occasion parfaite « de passer un bon moment créatif « . Ces kilomètres que l’on dit user les souliers ne lui avaient pas fait peur, elle venait d’Espalion ! Ce stage lui avait été offert pour son anniversaire.

Christine, une chaussure à son pied
Christine, du village de Castanet avait rencontré Vanessa lors d’un marché de Noël . « Nous avions longtemps discuté autour de son stand ». Comme beaucoup de gens, elle ne trouvait pas chaussure à son pied-au sens propre du terme !- car ce qu’elle privilégie avant tout, c’est le confort. « Ce stage est donc l’occasion parfaite de réaliser une paire de sandales sur-mesure, à la fois esthétique et confortable » se réjouissait-elle. Christine confesse, également, des facilités manuelles et participe à de nombreuses activités, notamment, au Centre Social et Culturel de Naucelle. Elle aime le travail du bois, la céramique, le tricot, la cuisine, la couture et la danse : autant de raisons d’avoir des chaussures confortables !

Travailler un cuir…racé
La journée avait débuté par le choix des modèles et celui des cuirs. « Du cuir limousin, relevait Vanessa, issu de la tannerie du Monastère près de Rodez, et pour le groupon à semelle du cuir italien tanné dans l’Hérault à Bédarieux » . Des matières nobles et de belle qualité dont il fallait aussi choisir les couleurs…


Le patron qui fait tout
Pour mettre les pieds dans le vif du sujet, il ne s’agissait pas d’avoir deux mains gauches, car comme me l’expliquaient les apprenties du jour : « Nous avons commencé par prendre nos mesure de pied l’une pour l’autre. Une sacrée responsabilité, il faut être précis c’est du sur-mesure ! » La première étape pratique consistait à découper, dans un vieux calendrier en carton, le patron des semelles, tandis que les outils aux noms alambiqués jouaient déjà de leur malice….

L’interro surprise…gardée sous le pied
Arrivée bien après cette étape, je m’amusais à les voir tâtonner parmi les outils éparpillés sur la table : « il y a les ciseaux, le tranché, les cisailles, le martelet, le mètre ruban, le poinçon le compas, la pointe sèche, le crayon mine d’argent, la lampe à alcool… » Je poussais la malice à leur en faire préciser l’usage. Vanessa d’un regard entendu et amusé validait mon interro surprise.

Ça avance, pas à pas
Bien qu’une évidente bonne humeur animait le groupe, la concentration restait de mise. « Comment s’appelle ce côté du cuir ? » demandait Vanessa à Christine. « Le, le … côté fleur? » répondait-elle hésitante. « Eh non, là,c’est le côté chair ! ». « Donc on assemble, maintenant, poursuivait Vanessa, mais on fait attention pied droit et pied gauche ». Chacune avait bien compris : ici, pas question de mettre les pieds dans le même sabot ! Bidouillant avec la colle ou le poinçon elle pouvaient compter sur les mains expertes et parfois salvatrices de Vanessa sur leurs réalisations. Au fil des heures, elles progressaient, pas à pas, portée par les conseils et les astuces de Vanessa. Et chacune de trouver ainsi sa technique, Une belle énergie régnait dans l’atelier, chacune s’encourageant mutuellement au fur et à mesure de l’avancée de la réalisation…
Des apprenties qui ont le cuir dur
Elles prenaient pleinement conscience de l’ampleur du travail et de la minutie nécessaire. « Un travail de patience et puis il faut aimer le cuir. C’est une matière difficile et c’est physique. Il faut le couper à la main… ». Nadine ajoutait, riant : « J’ai mal à l’avant-bras ! » Le choix du modèle avec des brides larges s’avérait un défi supplémentaire : « Faire des brides, c’est physique, et en plus je fais des larges, si j’avais su ! » regrettait-elle en tapant lourdement du marteau, le cuir rebelle. » Tu veux que je le fasse? » proposait Vanessa en fine pédagogue. Le « oui ! » de Nadine sonnait, incontestablement, libérateur !

Un joyeux travail d’arrache-pied
Au fil des heures, certaines prenaient un peu d’assurance. «C’est pas comme ça, là, Flore ! », lui faisait remarquer Anne-Marie. Preuve s’il en fallait une, qu’ici personne ne se lâchait d’une semelle. Patronages, découpages, collages , assemblages se poursuivaient avant l’étape de la machine à coudre. J’avoue avoir été épatée par l’aisance de ces dames, certes couturières émérites, devant cette machine sans plateau, ni pédale n’avançant qu’à la force du poignet.




Chacune dans ses petits souliers…
Les temps des premiers essayages galvanisait rapidement les troupes, tout autant que le plaisir et la satisfaction légitime de voir leurs créations prendre forme. En fin de journée chacune chaussait fièrement ses petits souliers… Pardon, ses belles sandales !






Patiente, méticuleuse et toujours prête à partager son savoir-faire, Vanessa proposera à nouveau les 6 et 13 juin prochains de nouveau ateliers pour fabriquer des sandales. Renseignements et réservation 05 65 70 17 94 ou directement à la cordonnerie.






Vanessa, toujours à pied d’œuvre dans sa cordonnerie
Vanessa Muratet effectue principalement des réparations et rénovation de chaussures. Labellisée « Artisan d’art » et « Fabriqué en Aveyron », elle crée, également, quelques articles de maroquinerie originaux,voire surprenants : étui pour boules de pétanque, tapette à mouches… et pour compléter cette offre, Vanessa propose un multi-services : clefs, cadenas… Son généreux sourire est offert en prime à tous ceux qui poussent la porte de la cordonnerie !

En mai prochain, vous trouverez dans ces pages – si d’ici là, aucun cailloux ne se glisse dans ma chaussure- un portrait complet de Vanessa, en attendant je vous invite à mettre, sans réserve, un pied dans sa jolie boutique…

