Alors qu’une mère et son fils restent introuvables à Vailhourles, des pères engagés dans des conflits de séparation et de garde d’enfants racontent leurs échanges passés avec Cédric P, aujourd’hui au cœur de l’enquête. Pour l’heure, l’homme, son actuelle compagne et leur enfant sont également introuvables.
Des disparitions très inquiétantes
Depuis vendredi 20 mars, une mère quadragénaire et son fils adolescent de 12 ans sont portés disparus à Vailhourles, dans l’ouest Aveyron. Le procureur de la République de Rodez a ouvert une information judiciaire pour enlèvement et séquestration. L’enquête se poursuit afin de déterminer les circonstances de cette disparition. Selon les premiers éléments, l’ex-compagnon de la mère et père de l’adolescent disparus, Cédric P est fortement soupçonné. L’affaire s’inscrit dans un contexte de séparation particulièrement conflictuelle, installé depuis plusieurs années, marqué par des violences réciproques reconnues par la justice ainsi que des condamnations prononcées à l’encontre de Cédric P. Cédric P a eu plusieurs métiers . Ancien policier en région parisienne, il a exercé en Aveyron en tant que videur, chauffeur routier… et a pratiqué le rugby à XIII notamment à Villefranche-de Rouergue.
Dans ce village habituellement paisible, l’inquiétude est vive.
Le partage, un temps, des mêmes combats
“Ludovic » – prénom modifié — se souvient de sa première rencontre avec Cédric P, il y a trois ou quatre ans, devant le tribunal de Rodez. » Ça faisait plusieurs jours qu’il était là. A force de le voir j’ai fini par aller lui parler. » À l’époque, Ludovic vivait aussi une séparation conflictuelle avec son ex-compagne, dans un contexte de procédure autour de la garde de ses enfants.
« Au pied du tribunal, en grève de la faim, Cédric P se présentait avec un panneau. On pouvait lire : « Femme amnésique de coups de couteau protégée par la justice ». Il m’a raconté son histoire en m’expliquant avoir été victime de violences. Il m’a montré des cicatrices. Pour moi cela n’a jamais fait aucun doute, il disait vrai et sa parole, tout comme la mienne, n’était pas entendue par la justice. » relate Ludovic. « Son histoire faisait écho à la mienne, mes combats faisaient écho aux siens. » raconte-t-il. Des parcours marqués par des conflits avec leurs ex-compagnes et des démarches judiciaires autour de la garde de leurs enfants. C’est dans ce contexte que Ludovic a participé, à une des actions menées par Cédric P devant un bâtiment municipal aveyronnais.
Par la suite, Cédric P a fait l’objet de plusieurs condamnations, liées à ses prises de paroles sur les réseaux sociaux s’ajoutant à des faits de non présentation d’enfant. De son côté, Ludovic a créer avec « Pierre » -prénom d’emprunt- une association visant entre autre à défendre les droits et la parole des pères. Ludovic poursuit son combat pour faire entendre sa voix face « à une justice qu’il qualifie de « misandre ».
Une rencontre sur la toile
Pierre est entré en contact avec Cédric P dans des circonstances différentes. « C’était sur un groupe internet, “Papas en colère” que j’ai rencontré Cédric. Je ne connaissais pas du tout les vidéos qu’il publiait. On a commencé à échanger, puis de plus en plus régulièrement et puis nous nous sommes rencontrés. » Au fil des discussions, Pierre et Cédric P ont constaté des similitudes dans leurs parcours. « On avait affaire aux mêmes services sociaux, aux mêmes interlocuteurs » poursuit -il évoquant , selon lui « des irrégularités et de graves dysfonctionnements dans les dossiers… On subissait les mêmes choses de la part des mêmes personnes. » Comme Ludovic, Pierre décrit une période marquée par des démarches judiciaires. « On vivait et vit toujours l’injustice de la justice » résume-t-il. Il indique avoir, lui aussi, pris part à une actionl aux côtés de Cédric P. « Il ne s’agissait pas de soutenir quelqu’un, mais de faire entendre nos situations. »
Des chemins différents, des constats communs
Au fil de leurs échanges, ces hommes disent avoir trouvé un point commun dans leur manière de vivre leurs situations. Tous évoquent des procédures judiciaires dans lesquelles ils disent avoir eu le sentiment de ne pas être entendus à la hauteur de ce qu’ils estimaient juste. « On veut aussi pouvoir faire entendre ce que nous vivons » explique Pierre. Selon eux, leur démarche s’inscrit dans une volonté de « faire reconnaître leur place de père, mais aussi, d’être reconnu victimes » dans des situations où ils estiment l’être. « La justice accorde plus de crédit à la parole des mères » déplore Pierre. Un positionnement qui, disent-ils, a nourri leurs échanges et certaines de leurs actions, sans pour autant effacer la complexité des situations individuelles.
Leurs trajectoires ont toutefois divergé
Ludovic et Pierre poursuivent leur action dans un cadre associatif. Cédric, lui, a continué à faire entendre sa voix par des initiatives outrepassant la loi, des condamnations s’en sont suivies. Comme le souligne Ludovic : » il avait; ensuite, tout intérêt à se tenir à carreau, il donnait ponctuellement de ses nouvelles, mais il n’a pas rejoint notre association ».
Aujourd’hui, l’inquiétude est partagée
Le dernier contact de Cédric avec Pierre remonte au mois d’octobre. « On a échangé, sur l’affaire Jubilard, le manque de preuves.. » se souvient Pierre.
Aujourd’hui, tous deux, partagent l’inquiétude suscitée par ces disparitions. Ludovic reconnait toutefois « avoir du mal à concilier » le souvenir qu’il garde de ses échanges avec Cédric P avec les lourds soupçons qui pèsent aujourd’hui sur ce dernier, tout en admettant que « certaines situations peuvent conduire à des réactions imprévisibles ». Pierre, lui, espère, avant tout, une issue favorable. « J’ose vraiment espérer qu’il n’a pas fait de bêtise. Si c’était le cas, les conséquences seraient extrêmement graves. » Et de rappeler, que dans leur association « Le but, pour nous, a toujours été de protéger les enfants. » À Vailhourles, l’attente se poursuit, interminable…

