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A Moyrazès, les apiculteurs de « l’Abeille de l’Aveyron » font bourdonner leur assemblée de printemps

Avec les beaux jours, les abeilles reprennent leur activité… et les apiculteurs aussi ! Les adhérents du syndicat l’Abeille de L’Aveyron se sont retrouvés, samedi; à Moyrazès pour leur assemblée du printemps. Un rendez-vous attendu pour « échanger », « faire le point » et « repartir » à l’aube d’une nouvelle saison.

Récolter le nectar des échanges

Ils étaient une quarantaine à avoir fait le déplacement. Amateurs passionnés ou professionnels aguerris, le syndicat rassemble près de 300 adhérents, dont une vingtaine de professionnels. « C’est un moment important pour échanger, discuter et évoquer les différents bilans », explique le co-président Jérôme De Lescure. Une décentralisation printanière, organisée chaque année, dans une commune différente. « Ce qui permet d’aller à la rencontre des apiculteurs et de faciliter la participation de tous » poursuit-il.

Sur le terrain, le constat

Au sortir de l’hiver, le bilan est pourtant loin d’être mielleux. « On est autour de 30 % de mortalité sur les colonies, et ce chiffre augmente au fil des années », alerte Jérôme De Lescure. « C’est un ensemble de facteurs. Il n’y a pas une seule cause : il y a les parasites, les conditions climatiques, les pratiques agricoles, paysagères… tout s’additionne. »

Ces ennemis qui envahissent la ruche

Parmi les facteurs identifiés, le varrois (ou varroa), discret mais redoutable. Il affaiblit durablement les colonies. « Le grand public le connait moins, c’est pourtant un petit acarien qui fait beaucoup de dégât  » souligne Jérôme.

Un varrois sur une larve d’abeille

Ce parasite agit dans l’ombre alors que le frelon asiatique, autre prédateur bien connu des abeilles, est lui, beaucoup plus visible.

Un butin de plus en plus rare

À cela s’ajoutent l’évolution du monde agricole avec la mécanisation, l’agrandissement des parcelles, le paysage s’est profondément transformé.. « Avant dans les haies, on trouvait de l’aubépine, des rosiers… « , note Jérôme Aujourd’hui, le garde-manger naturel se réduit peu à peu limitant les ressources alimentaires des butineuses…

Bernard cultive son miel et sa passion

Au fil des échanges, les témoignages viennent illustrer concrètement ces réalités.

Parmi les participants, Bernard, apiculteur professionnel de Sébazac, incarne cet engagement au long cours. « Je suis tombé dedans tout petit », confesse-t-il, évoquant une passion transmise par son père. Apiculteur depuis plus de 40 ans, il a débuté en amateur avant de se professionnaliser. Depuis une quinzaine d’années. Il commercialise son miel via une coopérative : La Compagnie du Miel, présente en grande distribution. Engagé dans une démarche biologique, il doit répondre à un cahier des charges strict. « L’emplacement des ruches est contrôlé, il ne faut pas être dans des zones traitées. Même les compléments alimentaires doivent être issus de l’agriculture bio. » précise-t-il.

Veiller sur la santé des abeilles

Cette réunion a également permis d’aborder les aspects sanitaires. Jean Polancho, représentant du GDSA12 (Groupement de défense sanitaire apicole), est intervenu pour faire le point sur la santé des abeilles. Il est revenu sur les dispositifs de surveillance et sur le déploiement du plan national, en insistant sur l’importance de la prévention et du suivi des colonies. Un éclairage technique qui complète les constats de terrain et permet de mieux comprendre les enjeux actuels.

Le frelon asiatique dans le viseur

Dans le prolongement de ces échanges, la question du frelon asiatique s’est imposée comme un sujet central. Invité du jour, Guillaume Castanié, entreprise Allo Frelons, est venu apporter des élements concrets. « Le frelon asiatique est arrivé chez nous en 2007, et depuis, il s’est bien installé », rappelle-t-il.

Ancien paysagiste et élagueur, Guillaume s’est progressivement spécialisé dans la destruction de nids, notamment lorsque les services de secours ont cessé ce type d’intervention. Aujourd’hui, il exerce cette activité avec son frère Rémi, installé à La Fouillade. A eux deux, ils interviennent sur de larges secteurs en Occitanie. Technicien désinsectiseurs certifiés, ils réalisent des interventions sécurisées et respectueuses de la santé humaine, animale et de l’environnement. Toutes les informations sont disponibles sur le site de leur entreprise allo-frelons.fr .

Le frelon jusque sous les ors de la République

Le sujet a, par ailleurs pris, une dimension nationale. Une loi visant à lutter contre la prolifération du frelon asiatique et à soutenir la filière apicole a été adoptée début mars 2025, puis promulguée le 14 mars. Elle prévoit la mise en place d’un plan national décliné dans les territoires. Très récemment, une enveloppe de 3 millions d’euros a été annoncée pour accompagner cette lutte. Une annonce jugée largement insuffisante par le professionnel : « Trois millions d’euros, c’est trop peu au regard de l’ampleur du problème » déplore Guillaume.

Un frelon asiatique

Un essaim de solutions concrètes

Au-delà du constat, des solutions concrètes ont été présentées aux participants. Des pièges simples ont ainsi été remis à l’ensemble de l’assistance. « Ce sont des dispositifs à poser sur une bouteille avec un appât, comme de la bière ou du vin », explique Jérôme. « Leur fonctionnement repose sur un principe de sélectivité : attirer le frelon asiatique tout en permettant aux autres insectes de s’échapper. Le but, ce n’est pas de tuer tous les insectes, mais bien de cibler le frelon. »

Guillaume Castanié a également présenté des pièges plus sophistiqués, destinés à un usage professionnel, reposant sur le même principe.

Entrer dans le secret du nectar…

Au-delà des enjeux immédiats, la transmission du savoir-faire apicole reste une priorité. Le syndicat s’appuie sur deux ruchers-écoles, à Toizac et Millau. Une cinquantaine d’élèves y ont été formés cette année, preuve d’un intérêt toujours vif pour l’apiculture. « Il y a autant de femmes que d’hommes qui s’y intéressent », souligne Brigitte, trésorière adjointe de l’Abeille de l’Aveyron.

Autour des abeilles, ça bourdonne!

Ancienne apicultrice, elle a vu ses colonies disparaître. « Malheureusement mes ruches ont été décimées », confie-t-elle. « Je ne suis plus apicultrice aujourd’hui, mais je reste engagée dans l’association ». Un témoignage qui illustre à la fois, les difficultés rencontrées et l’attachement à cette activité. L’association l‘Abeille de l’Aveyron s’appuie sur une équipe engagée, avec, à sa tête les co- présidents Alain Tessier et Jérôme De Lescure, secrétaire Gérard Caume, trésorier Christian Larroque et trésorière adjointe Brigitte Puech ainsi qu’une troupe de bénévoles investis.

Des apiculteurs piqués de convivialité et de gourmandise

Le verre de l’amitié, a été partagé dans le hall de la mairie où un apiculteur s’est improvisé chasseur de miettes !

Puis, comme toujours, lors de ce rendez-vous de printemps, la rencontre s’est poursuivie autour d’un repas.

Direction le restaurant Les Coquelicots, adresse réputée à Moyrazès. Un établissement choisi avec soin… Alain Tessier, coprésident, endosserait même – selon des murmures dans les rangs de l’association- le rôle d’inspecteur d’un guide apicole gourmand. Il serait ainsi chargé de tester les lieux avant de donner son feu vert… C’est, du moins, ce qui se raconte. Dans cette ambiance conviviale, un joyeux bourdonnement accompagnait les échanges. Chacun butinait allégrement entre conversations et saveurs locales … sans aucun sujet qui pique !

En savoir un peu plus…

L’Abeille de l’Aveyron, 130 ans d’engagement

Créé en avril 1896 sous le nom de l’Abeille du Rouergue par Casimir Serpentier, le syndicat départemental d’apiculture n’a cessé d’évoluer au fil des décennies. De 1941 à 2001, cinq présidents se sont succédé, accompagnant le développement de la structure et la mise en place d’actions importantes : création du Groupement de Défense Sanitaire en 1949, organisation du premier concours de miel aveyronnais en 1983, ou encore ouverture de ruchers-écoles à Rodez puis à Millau. En 2003, le syndicat devient l’Abeille de l’Aveyron, sous la présidence de Raymond Auguy. Depuis, l’association poursuit son développement, avec un nombre d’adhérents en constante progression. Source : site l’Abeille de l’Aveyron