À Rodez, les transporteurs aveyronnais, adhérents du syndicat OTRE 12, s’activent en vue de la mobilisation prévue demain mardi 31 mars. Les banderoles sont prêtes à être brandies, les slogans à être scandés. « Rouler pour travailler, pas pour payer le carburant », « Bientôt le plein à crédit »… Voilà leurs mots, pour dire la colère et l’inquiétude d’une profession sous pression.
Une circulation perturbée sans blocage
À l’appel de l’Organisation des transporteurs routiers européens (OTRE), via l’ antenne départementale OTRE 12, les transporteurs routiers aveyronnais annoncent une opération escargot autour de Rodez et de son centre ville, demain dès 7h30. Ils partiront d’Arsac, près de Sainte-Radegonde.

Le cortège d’une quarantaine de camions et de cars ralliera, ensuite, le centre-ville, pour une rencontre avec la préfète en milieu de matinée. Des perturbations de circulation sont attendues. « Il s’agit d’une opération escargot, sans blocage » précise, de son côté, le secrétaire départemental de l’OTRE 12, Frédéric Domenge.
Un dialogue engagé, pas de réponse concrète
Depuis le début du mois de mars, dans un contexte de flambée des prix du carburant liée notamment aux tensions au Moyen Orient, le syndicat OTRE a engagé des discussions avec le gouvernement. Plusieurs réunions ont eu lieu aux ministères des Transports, de l’Économie et à Matignon. « Nous avons toujours privilégié le dialogue », souligne Frédéric Domenge.
A l’issue de ces échanges le gouvernement a avancé trois pistes : le report des charges sociales et fiscales, ainsi qu’un prix garanti par l’État. Des mesures jugées largement inadaptées et insuffisantes par les professionnels. « Reporter les charges, c’est repousser le problème », résume le secrétaire départemental. « Quant au prix garanti, il s’apparente à des avances qu’il faudra rembourser » pointe-t-il.

Une équation économique intenable
Sur le terrain, la situation est de plus en plus tendue. Le carburant représente le deuxième poste de dépenses après les salaires, soit près de 35 % des coûts pour une entreprise de transport.
Pour compenser cette hausse, les transporteurs devraient augmenter leurs tarifs de 9 à 10 %. « Une répercussion difficilement envisageable auprès des clients« , estime le syndicaliste départemental. « Sans aide rapide, certaines entreprises ne passeront pas le mois d’avril », alerte-t-il encore.
Des aides immédiates réclamées
Face à cette situation, les adhérents de l’OTRE demandent des mesures immédiates. Ils réclament, notamment, une aide forfaitaire par véhicule, sur le modèle de celle mise en place en 2022 au moment de la guerre en Ukraine.
« À l’époque, une aide de 1 000 euros par camion avait été versée en quinze jours à trois semaines », rappelle le secrétaire départemental, qui insiste sur « la nécessité d’un dispositif rapide ».

Le gouvernement réagit… sans convaincre
En fin de semaine dernière, les transporteurs routiers annonçaient leurs premières actions, à la suite des discussions engagées en amont et restées sans issue…
Le lendemain, le gouvernement réagissait en évoquant une enveloppe de 50 millions d’euros et des aides ciblées, dont les modalités restent encore imprécises. « Ces aides seraient calculées à partir des données comptables de 2025. Un système trop lent et inadapté. Nous avons besoin d’une aide d’urgence, pas de mesures qui mettent des semaines à se concrétiser », insiste le responsable départemental.
Une mobilisation qui fait tâche d’huile
Faute de réponses jugées satisfaisantes des actions ont déjà été menées sur le territoire national de l’ile- de-France à Clermont-Ferrand . Le mouvement se poursuit et doit encore s’étendre dans les prochains jours. « Des mobilisations sont également prévues demain à Toulouse, puis mercredi en Région Provence-Alpes-Côte d’Azur« , indique le représentant de l’OTRE 12..
Des actions qui, comme souvent, risquent de compliquer le quotidien des usagers. Un sujet d’autant plus sensible que le prix du carburant concerne tout le monde. Car qu’il s’agisse des produits alimentaires, de l’approvisionnement des magasins ou encore des colis commandés en ligne… La vie de tous les jours repose en grande partie sur le transport routier.
« Tout ce que nous consommons arrive par la route », rappelle le secrétaire départemental.
Tous concernés au quotidien
« Et si la hausse devait durer, elle finirait inévitablement par se répercuter jusque dans le budget des consommateurs ». Une réalité que les transporteurs entendent bien rappeler.
Dans les camions et derrière ses revendications, il y a des hommes et des femmes. Au volant, sur les routes, ils ressemblent à ceux qu’ils croisent. Comme le racontait déjà, Max Meynier dans son émission mythique sur les ondes d’ RTL « Les Routiers sont sympas« …
En savoir un peu plus…

L’OTRE, un syndicat bien implanté
Créée en 2000, l’Organisation des transporteurs routiers européens (OTRE) est un syndicat professionnel qui représente les entreprises du transport routier, en particulier les TPE et PME.
À l’échelle nationale, elle regroupe environ 3 600 entreprises adhérentes, représentant plus de 100 000 salariés. Elle s’appuie sur un réseau d’antennes régionales et départementales pour être au plus près du terrain.
En Aveyron, l’OTRE 12 rassemble près de 150 entreprises, issues du transport de marchandises, de voyageurs ou encore du déménagement. Elle joue un rôle d’interlocuteur local auprès des pouvoirs publics et relaie les revendications de la profession.

