La Salvetat Peyrales, quand la station donne de la voix et fait le plein de médias

La pompe à essence communale de la Salvetat-Peyrales est, aujourd’hui, très connue. Bien au-delà du Ségala. C’est, le maire, Paul Marty qui a contacté en premier France 3 pour en parler. Puis, très vite, M6, TF1, RTL, Actu.fr… ont braqué caméras et micros sur cette petite station service rurale. Et ce, sans qu’il ait besoin de les solliciter. L’emballement médiatique autour de la décision de sa fermeture temporaire- assumée par le maire et son équipe municipale- a été immédiat. Paul Marty reste encore « étonné » que cette histoire ait captivé l’intérêt des médias nationaux.

Un service public ancien et structuré

Cette pompe était, initialement, gérée par une entreprise privée. Puis à partir de l’an 2000, elle est devenue communale, donc, administrée par la municipalité. Au début, elle disposait d’un double accès, ce qui impliquait que la mairie ajoutait 8 centimes par litre pour financer son entretien. « La suppression d’un des accès a réduit les coûts. La participation est tombée à 6 centimes par litre, juste pour couvrir l’entretien, l’électricité, les contrats de maintenance et les frais bancaires. Des travaux de 25 000 euros ont également été réalisés pour adapter la station », explique le maire. La pompe est, donc, là pour le service, pas pour le profit.

Baptême du feu municipal

Paul Marty est un personnage truculent, enraciné dans son village, au caractère indéniablement « pagnolesque ». C’est un maire passionné, prêt à hausser le ton quand sa sincérité et son bon sens l’y poussent, parfois de façon un peu brutale ou même maladroite. Mais cela ne laisse jamais personne indifférent. Pour les nouveaux membres du conseil municipal fraîchement élus, cet épisode a été un véritable baptême du feu : « Ils ont vite été dans le bain ! », résume le maire.

Un choix contraint et parfaitement assumé

Cette fermeture n’était cependant pas un caprice, mais « une décision prise à regret, un crève- cour ». le maire s’en explique: « Nous aurions été obligés de vendre un carburant plus cher que nos voisins, ce qui aurait été injuste pour nos habitants et irresponsable pour la commune ». La comparaison avec la station communale de Mirandol-Bourgnounac sous la bannière de Total Énergie, dans le Tarn, à une quinzaine de kilomètres, est éclairante : « En temps normal, cette station vend son carburant 10 centimes plus cher que nous. » assure l’édile.Mais depuis la crise, la situation s’est inversée…. « Vendredi dernier, Total nous facturait le gazole 2,45 €TTC le litre, avec les 6 centimes nécessaires au fonctionnement, le prix à la pompe atteignait les 2,51 €, plus élevé que dans toutes les stations alentours » s’indigne le maire. Une situation incongrue qu’il relève d’un trait de bon sens: « À ce prix, je serais, aussi, parti faire le plein ailleurs ! Dans le même temps, la station de Mirandol-Bourgougnac recevait son gazole à 2,09 € TTC le litre. » poursuit-il. Un paradoxe qui n’a fait qu’alimenter sa colère.

Une indépendance et un service public indissociables

Paul Marty, tel un irréductible gaulois, défend à La Salvetat : « une pompe indépendante, un service public pour les habitants et non le relais d’une marque nationale qui voudrait s’étendre sur notre territoire. » Cette fermeture est aussi « un geste de rébellion, un signal envoyé à l’État », revendique-t-il. « Je pense que l’État avait des leviers concrets à activer rapidement. Dans un contexte de forte hausse des prix, alléger temporairement ces charges aurait permis de limiter l’impact pour les collectivités et pour les usagers. Nous ne dmandons pas de supprimer les politiques énergétiques, mais de les adapter en période de crise, pour éviter que ce soient toujours les mêmes- les habitants et les petites communes – qui en subissent les conséquences. » martèle-t-il. « Le prix final pour l’usager est donc directement lié au prix d’achat sur lequel nous n’avons aucune maitrise ».

La lettre à la sous- préfète…

Lundi matin, Paul Marty prenait la plume pour interpeller la sous- préfète Catherine Lupion sur les prix du carburant élevés et contraints dans les petites stations communales et rurales. Une situation critique qui avait conduit sa commune à fermer temporairement la station service. Il l’alertait également sur « ces conséquences très concrètes pour notre territoire. » Poursuivant « Cette décision difficile mais devenue inévitable prive, désormais, nos administrés d’un service de proximité essentiel…. Il devient difficilement acceptable que les habitants des territoires ruraux soient ainsi pénalisés. »

… Réponse de la sous-préfète

Mercredi soir, la sous-préfète Catherine Lupion lui téléphonait. Paul Marty rapporte : « Je l’ai remercié de l’intérêt qu’elle portait à la situation. Elle m’a assuré qu’elle ferait remonter ces doléances au plus haut niveau de l’État. J’en ai profité pour l’inviter à découvrir le village de la Salvetat-Peyrales » ajoute-il avec un brin de malice.

Surveiller le brent, une nouvelle mission municipale

Ce jeudi matin, dans les bureaux de la mairie, Paul Marty avait les yeux rivés sur son téléphone et scrutait les fluctuations du prix du Brent (cours du pétrole), tel un trader sur les marchés. « On est autorisé à passer les commandes qu’entre 11h30 et 12h. Hier soir, le prix du baril baissait, mais ce matin, à 10h, il est remonté de 7,26 % » se désole-t-il.

Les médias à l’affût

Son portable ne cesse de sonner. Les sollicitations médiatiques fusent, les questions des journalistes pleuvent. Paul Marty, de sa voix forte et de son plus bel accent aveyronnais, répète inlassablement les raisons de sa décision : « Oui, oui, mais là, on a rouvert la station, depuis mercredi. » confirme-t-il.

Ici, carburant à prix coûtant

« Ici, on ne commande qu’une dizaine de camions de 36 000 litres par an, alors, la priorité sur les livraisons n’est pas garantie. C’est, donc, une chance que les équipes de l’Entreprise Garrigues de Rieupeyroux parviennent à nous livrer rapidement » se félicitait, jeudi, le maire. Depuis le carburant (Dyneff) est vendu à prix coûtant à la pompe 2,25 le litre. La mairie- ayant pour l’heure- renoncé à ajouter les 6 cts habituels.

Une réouverture attendue

« La station ne pouvait pas rester fermée trop longtemps; Ça pénalisait tout le monde, les habitants, mais, également, les services locaux d’urgence ou de santé », reconnait l’élu, qui mesure parfaitement l’importance de ce service au cœur du bourg. Une réouverture dont se réjouissaient, aussi, les premiers clients, de retour à la station service.

Paul Marty maintiendra sa vigilance tant que les cours du pétrole resteront instables. Chaque jour, il observe les fluctuations mondiales, ces effets papillon qui, depuis les marchés internationaux, retentissent jusque dans nos campagnes. Il s’adapte et se plait à rappeler qu’il gère « en bon père de famille » sa commune de quelques 1000 habitants. « Depuis 15 ans, nous n’augmentons pas les impôts, nous maintenons les services essentiels de proximité … notre responsabilité d’élus est aussi de protéger à la fois les habitants, leur pouvoir d’achat et l’avenir de notre commune rurale «  concluait le premier magistrat salvetatois.