Dernier travelling sur la journée du 26 septembre à Moyrazès. Le drôle de convoi de la plantation des mais fait son entrée dans le village. Ce sera sa dernière halte. Les chars s’alignent sagement dans la traversée du village, à l’ombre du clocher. Le nôtre vient de se garer. Allez , on descend, suivez- moi jusque devant la mairie.
Une population particulièrement haute en couleurs
Cette place, même un jour de carnaval, n’a jamais été aussi colorée et aussi vivante. Extraterrestres, cow-boys, employés municipaux du jour, militaires de la 7e compagnie, gendarmes d’un autre temps, surfeurs, clowns, jongleurs, vacanciers …Voilà, maintenant, que ceux qui n’avaient pas pu suivre le cortège – les uns étant retenus par le travail, leurs occupations, les plus jeunes obligés par une sieste, les aînés freinés par le poids des ans – les rejoignaient à leur tour. Pas question de manquer la plantation du mai municipal, ni l’apéro et le repas qui allaient suivre ! Alors tous se mêlaient avec entrain, pour grossir les rangs de cette population aussi improbable que réjouissante.



Une affaire de précision…et de République
Ici, l’opération était un peu plus délicate. Il ne s’agissait plus de planter un arbuste , mais un ancien poteau EDF recyclé, prêt à connaître une seconde vie. Et pas n’importe laquelle ! Peint en bleu, blanc, rouge avec quelques peintres appliqués, il avait désormais une véritable destinée républicaine. Il ne restait plus qu’à le mettre debout.




Avant le grand levage, chacun y allait de son avis et de ses compétences pour fixer les écussons : le blason de Moyrazès et le fameux « Honneur à nos élus ». Vérifier leur alignement, mesurer, regarder encore…Monsieur Loyal, un Minion, des élus, jusqu’aux gendarmes : chacun jouait de son œil plus ou moins expert pour s’assurer que tout était bien droit et solidement fixé. Une véritable affaire collective !






Quand les surfeurs perdent pied…
Des considérations logistiques bien loin des préoccupations des surfeurs du char de la Paillote. Faute de vagues à l’horizon, ils s’étaient rabattus sur un terrain de glisse plus urbain avec un skateboard. Mais force fut également de constater qu’au fil de la journée, l’équilibre était manifestement devenu, pour ces sportifs, une notion toute relative!



Le mai joue les équilibristes
Le trou pour le mât avait été, ici aussi, préparé à l’avance. Mais encore fallait-il réussir à y faire entrer le long mai tricolore bien droit. Pour cela, Guillaume, qui avait passé sa journée au volant de la voiture du SMUR avait troqué son véhicule d’urgence pour une autre monture : une grue. Un univers, manifestement bien plus familier pour lui. Quelques habiles manœuvres plus tard, le poteau quittait le sol, lentement, sous les regards attentifs et le souffle court de toute l’assemblée. Quand il fut enfin dressé, élus et employés municipaux consolidèrent son socle, dans un dernier effort républicain, à grand coups de pelletées.

Ça et là, on croisait aussi quelques élus ou anciens élus des communes voisines, invités par la municipalité moyrazèsoise. Le maire Michel Artus prenait le temps de les accueillir chaleureusement.

Tous ensemble, tous ensemble !
Puis, pour clore cette dernière escapade devant la mairie, le premier magistrat prenait la parole. « Grâce à vous tous, la tradition perdure » se félicitait Michel Artus saluant la mobilisation des habitants comme élus.« Car, un pays vivant, ce ne sont pas seulement des élus : c’est la volonté de chacun de faire ensemble et de faire vivre un village. Et cette plantation des mais en aura été une belle démonstration. » relevait -il une fierté légitime. Il remerciait tout particulièrement Dominique coordinateur de la manifestation, avant de conclure : « Cette journée restera gravée dans nos mémoires ». Les premières notes de la Marseillaise retentissaient. Toute l’assemblée, comme un seul homme, reprenait l’hymne national.










Serveurs et musiques entrent dans la danse
L’heure de l’apéritif avait sonné. Il était temps de rejoindre la salle des Arméniés, où avaient lieu les réjouissances gourmandes. Conseillers et employés municipaux avaient endossé leurs costumes de serveurs, tout sourire derrière les bars intérieur et extérieur. Et ma foi, ils s’en sortaient plutôt bien pour satisfaire les desiderata de cette horde de clients assoiffés après cette journée harassante.









Côté musique, Xavier Mouly, chanteur et musicien local, ouvrait, tranquillement, le bal. Puis le répertoire glissait vers des musiques plus dansantes, relayées derrière les platines par quelques habitants bien décidés à faire durer la fête jusqu’au bout de la nuit.



Défi gourmand relevé par l’équipe des « Coquelicots »
Les tables dressées et préparées le jeudi soir par quelques bénévoles accueillaient plus de 500 convives. Autant dire qu’au moment de passer au repas, la file s’allongeait devant le buffet ! Chacun venait remplir son plateau : un délicieux gratin dauphinois, des saucisses dorées à souhait et une tarte aux pommes sucrée et fondante, le tout préparé par Dominique et Laurent Bastide, restaurant Les Coquelicots et servi par leur équipe. Puis chacun prenait place pour prolonger la fête…

André, le doyen de l’assistance est passé à table
Le moment idéal pour photographier les habitants de la commune attablés. « Vous le connaissez, lui ? C’est André un doyen du village », m’interpelle un monsieur voyant mon objectif braqué sur leur tablée.

– Bonjour André, quel âge avez vous ?
– Je suis un peu sourd, excusez moi…98 ans !
Ce qui lui octroyait, incontestablement, le titre ici, de doyen de l’assistance.
– Que pensez-vous de la tradition des mais ?
André me confirmait qu’il en avait déjà vécu bon nombre.
– C’est bien y’a monde et ça permet de faire connaissance, me glissait-il, tout sourire.
Gauthier, 17 ans…
Cette journée était aussi une découverte pour certains à l’image des nouveaux habitants ou de jeunes de la commune comme Gauthier. A 17 ans, il garde quelques vagues souvenirs de sa première plantation de mai. Très vagues, il n’avait que cinq ans en 2014. « Ce qui m’étonne vraiment c’est de voir à quel point cette tradition rassemble du monde. C’est vraiment super! » s’enthousiasmait-il.

Marie- Cécile, toute une histoire de mère en fille
Pour Marie-Cécile, les souvenirs étaient d’une autre nature. D’autant que l’histoire municipale fait écho à son histoire familiale. Marie-Cécile a vécu sa propre plantation de mai lors de son élection au conseil municipal, en qualité d’adjointe au maire, en 2001 sous la mandature de Jacques Panissal. « J’avais choisi un érable pourpre et je l’ai toujours ».


Mais avant l’érable il y avait eu le tilleul, l’arbre de sa mère, Alice Tranier, conseillère municipale en 1977. « À l’époque, Gilbert Sérieys, le maire, était vraiment avant-gardiste », me racontait Marie-Cécile. En effet, faire entrer des femmes au conseil municipal était encore quelque chose d’exceptionnel surtout en milieu rural. Sa mère avait donc été avec Jeannette Delmas, l’une des deux premières élues de Moyrazès. Et le tilleul, toujours là, en témoigne encore…

Les paroles s’envolent les écrits restent
Certains prennent, vraiment, les proverbes au pied de la lettre. Pendant que j’écoutais attentivement les propos de Marie- Cécile, ses voisins de table se sont emparé, à mon insu, de mon carnet de notes. A défaut de livre d’or, ils y ont laissé leurs propres impressions sur la journée. Marie- Line et Thierry de Mérican, vous n’avez pas signé. Mais, un graphologue a authentifié vos écrits !


Une équipe qui tient la route
Enfin, un petit coup de chapeau s’impose pour les conducteurs des tracteurs des chars. Tout au long du parcours, ils ont fait preuve de prudence, de dextérité dans les manœuvres et d’un sérieux sans faille. Malgré l’ambiance festive, ils sont restés sobres et attentifs, respectant scrupuleusement l’adage : quand on tient le volant pas question de lever le coude ! Une responsabilité discrète, mais essentielle qui a permis à ces joyeuses équipées de circuler dans les meilleures conditions.


La richesse humaine, un trésor inestimable
Voilà, nous allons refermer ce bel album souvenir. Quatre épisodes pour raconter une journée, mais surtout une belle aventure humaine et collective.Il y a eu des réunions, des idées et des compétences mises en commun, des bonnes volontés, et cette envie toute simple de faire des choses ensemble. A l’heure où les échanges se font de plus en plus par écrans interposés, ces moments-là, sont tellement précieux. Je veux remercier personnellement les élus de Moyrazès pour leur confiance et leur soutien. Je veux également remercier les habitants et souligner le plaisir que j’ai eu à partager avec eux ces tranches de vie où les liens entre générations, entre voisins et, plus largement, les liens humains ont encore une belle place et surtout beaucoup de sens. Préservons nos traditions rurales, elles ont ce pouvoir extraordinaire de faire battre le cœur de tout une commune à l’unisson. Un trésor inestimable.




Et pour finir… Le ménage !








