Rieupeyroux, de l’écho de la guinguette au clocher de la chapelle-souvenirs d’une belle soirée d’été

Samedi soir, le petit écrin de verdure, au pied de la fontaine Saint-Martial s’est paré de ses plus beaux atours. Entre nostalgie bucolique et élan de générosité, la soirée guinguette organisée par Les Amis de Rieupeyroux pour la Sauvegarde du Patrimoine a offert une parenthèse enchantée. Les bénéfices de la soirée, dans ce cadre magnifié étaient entièrement voués à la restauration de la chapelle. L’occasion aussi de trinquer joyeusement à la santé de ce joyau rieupeyrousain.

De la chaleur du soleil à la chaleur des cœurs

À mesure que le soleil déclinait derrière les toits et que ses derniers rayons caressaient le lac voisin, la chaleur étouffante laissait place à une agréable fraîcheur. Sous l’ombrage bienveillant des arbres séculaires, le site s’animait peu à peu. Les embrassades et les conversations allaient bon train, rythmées par les sourires, les rires et les premières notes de musique. Une atmosphère de guinguette, simple et chaleureuse, où l’on venait autant pour partager un moment, un verre, des pas de danse, une part de gâteau que pour savourer pleinement le plaisir de se retrouver.

Une petite équipe motivée pour un grand chantier

Les coulisses de l’installation ont demandé une énergie disons… considérable. Magali l’avouait volontiers dans un sourire, alors que les derniers danseurs quittaient le parquet : une telle manifestation repose, sur une poignée de bénévoles dont le dévouement n’a d’égal que l’ampleur de la tâche.

Quelques litres d’huile de coude

Heureusement, la solidarité masculine et familiale a fonctionné à plein régime. Pour le montage du plancher de danse ce fut un véritable défi physique et technique. Les manœuvres du jour ont du jouer de malice avec le niveau à bulle, tout en puisant allègrement dans de grandes rasades d’huile de coude. J’ose même imaginer derrière l’effort, des fronts perlés de sueur et des jurons à peine contenus qui ont accompagné cette mise en place périlleuse.

Les vieilles pierres en habit de fête

Pendant ce temps, les petites mains de l’association s’activaient pour métamorphoser les lieux avec un goût infini et un joli sens du détail. De magnifiques bouquets d’hortensias venaient flirter avec les murets, épouser les escaliers, enlacer la fontaine tandis que les tables se drapaient de nappes, se paraient de bouquets…

Quand la nuit dévoile sa magie

Puis, la nuit a doucement enveloppé le site et la magie a véritablement opéré. Les premières lumières se sont allumées une à une, suspendues dans les arbres majestueux, dessinant de magnifiques jeux d’ombres. Sous ce dôme de lumières douces, chacun trouvait sa place. La belle fontaine Saint Martial veillée par la lueur tremblotante des photophores, baignait dans une atmosphère presque féerique.

Les murmures de Saint-Martial

L’occasion pour les plus curieux de se remémorer l’histoire de cette source qui ne tarit jamais. Liée aux moines bénédictins fondateurs de la cité, la mémoire populaire lui prête depuis des siècles des vertus curatives ancestrales, notamment celle de soulager l’eczéma.

Poste de pilotage et convivialité

Pour que la fête soit belle, l’organisation se devait d’être bien huilée dès les premiers mètres.

Pour guider les visiteurs et aiguiller les automobilistes, Didier, installé sur sa chaise stratégique, faisait équipe avec Max, Jean-Michel et Dédé dans une bonne humeur à toute épreuve.

Une entrée sous haute tension…thermique !

Une fois la voiture garée, direction le guichet d’accueil où officiait un binôme de choc : Marie-Claude et Philippe. Si la première gérait la caisse avec méthode, le second s’occupait de distribuer les tickets et, au tout début de la soirée, de tamponner les mains des participants.

Une mission de haute responsabilité… rapidement contrariée par la météo ! Face à la chaleur accablante, l’encre du tampon a en effet décidé de fondre littéralement sur la peau des premiers arrivants. Pragmatique, Philippe a préféré renoncer au précieux sésame encré pour éviter de transformer les convives en œuvres d’art abstrait. Une petite anecdote de terrain qui a immédiatement donné le ton, convivial et sans chichi, de cette belle nuit.

Affiche en tête et tête d’affiche

Le succès de la billetterie a récompensé une campagne de communication efficace. Les affiches placardées aux alentour ont joué leur rôle. des habitants de La Bastide l’Evêque, Castanet, Morlhon ou encore Bor et Bar ont investi les lieux. A l’image de ces vacanciers normands, eux aussi avaient succombé à l’appel de l’affiche !

Reconversions à la buvette

La buvette s’animait rapidement. On y retrouvait les serveurs d’un jour, piliers de la logistique. Parmi eux, Pierrot, la moustache toujours guillerette, un œil sur le bar l’autre sur la remorque réfrigéré.

Jacques, en habitué des grands trajets, conduisait sa mission avec le même professionnalisme que ses bus.

À ses côtés, Daniel, notre pisciniste, s’amusait à passer sans transition du monde aquatique à celui de la bière fraîche et des jus de fruits avec une aisance certaine.

Une équipe pétillante

Côté comptoir Magali, Rosy, Marie- Jo, Brigitte, Chantal, Marie-Claude et Izilda… formaient une équipe pétillante, toujours prêtes à offrir leur plus beau sourire. Entre le service des boissons fraîches et la distribution des parts de gâteaux, ces dames jonglaient avec une énergie communicative. Vigilantes, elles gardaient en plus un œil constant sur le bon déroulement de la soirée, si bien qu’elles n’ont eu guère le temps d’esquisser des pas de danse, trop occupées à chouchouter les convives.

L’âme d’une vie, l’âme d’un pays

Que ce soit derrière ou devant le comptoir, j’ai retrouvé avec plaisir quelques uns de ces visages qui sont l’âme même de Rieupeyroux. Les croiser c’est immédiatement replonger quelques années en arrière. Ce temps où mes enfants étaient petits, où la foire Expo s’érigeait en étendard suprême sur le bourg. C’est une émotion toute particulière de constater que ce sont , encore aujourd’hui les mêmes fidèles qui répondent présents. Toujours là pour prêter main forte, soutenir et faire vivre leur village. Ils se reconnaitront : ils sont de ceux qui portent ce petit coin du Ségala au plus profond de leur tripes… et de leur cœur. Leur Tour Eiffel c’est la chapelle de Rieupeyroux.

Et un peu de mémoire partagée…

Accoudés au bar ou assis sur les chaises chacun profitait… Ici, on échangeait, là on sirotait un verre, la-bas on dansait. L’essentiel était de savourer l’instant.

Installée fièrement sur le comptoir, la maquette de la chapelle Saint-Jean-Baptiste rappelait à tous le but de la fête. Intrigué, un visiteur interpellait Guy, membre dévoué des Amis de Rieupeyroux :

C’est où ça?

Guy lui expliquait alors, avec une pointe de fierté légitime :

C’est le point culminant du village. Une chapelle qui domine là-haut sur la colline.

L’homme éclatait de rire :

Je connais très bien ! Je suis né à Rieupeyroux ! lançait-il, un brin taquin.

Les deux hommes se trouvaient vite des points communs en faisant défiler les souvenirs : la maternité locale, l’incontournable Madame Combelles qui a mis au monde des générations de Rieupeyrousains… Un fil des souvenirs qui a suffi à créer une connexion historique immédiate entre eux ! L’inconnu c’était Gérald. Son grand-père tenait autrefoist l’ancienne boulangerie Albouy. Parti depuis bien longtemps pour s’installer à Toulouse, il avait profité de cette jolie soirée guinguette pour revenir sur ses terres natales et se reconnecter, le temps d’un verre, avec ses racines.

L’élégance du cœur

Au milieu de cette belle effervescence, la présence de Suzou et Michel m’a particulièrement touchée. Ils sont d’une discrétion si rares… Ils ont Rieupeyroux sincèrement chevillé au corps. Malgré les années qui passent et la canne qui soutient le pas, ils étaient là : fidèles, rayonnants, élégants apportant leur précieuse bienveillance à ce moment de partage. Une bienveillance intacte qui semble être au fond leur plus beau secret…

L’ivresse du parquet

Pendant ce temps, sur le parquet, les passionnés ne boudaient pas leur plaisir. Posture droite, tenue classe, petits talons ajustés : on reconnaissait de loin les habitués des pistes ! Pour la petite histoire, c’est Marie-Claude qui, depuis son poste d’accueil, m’a glissé à l’oreille : « Regarde, ceux qui sont venus spécialement pour danser, ça se voit tout de suite, ils sont très bien habillés ! » Un œil de lynx, cette Marie-Claude !

Et force est d’avouer qu’après avoir jeté un coup d’œil sur la piste, le constat était sans appel : elle avait totalement raison. Parmi eux, Monique et Gérard, venus tout spécialement de la région toulousaine. Membres d’un club de danse traditionnelle, ils ont fait toute cette route pour suivre leur accordéoniste fétiche, Bernard Gaches et retrouver des amis tout aussi passionnés.

Le souffle de l’accordéon

Sur scène, le musicien a été un infatigable capitaine de soirée. De 21 heures à 1 heure du matin, sans faiblir, il a enchaîné airs traditionnels et refrains populaires, faisant danser le public sur la piste éphémère.

L’application et la complicité dansante

Evelyne, ne s’est pas non plus fait prier. Ancienne primeur du village, elle est aujourd’hui membre assidue de deux clubs de danse. Elle profité de ce parquet pour s’offrir une formidable session de « travaux pratiques », mettant en application, en plein air, les pas répétées tout au long de l’année.

Une énergie partagée par Joëlle, Betty et leurs copines, fidèles au rendez-vous de chaque bal, bref de véritables piliers des soirées dansantes du Ségala !

Le courage du lendemain…

Mais alors que les lampions s’éteignaient doucement dans la fraîcheur de la nuit et que chacun rentrait chez soi des souvenirs plein la tête, la mission des bénévoles, elle, était loin d’être terminée. Un immense et chaleureux merci doit être adressé à toute cette équipe. Car pour eux, la fête a joué les prolongations tout le dimanche : il a fallu, sous une chaleur de plomb particulièrement écrasante, démonter le plancher, ranger les installations et nettoyer le site pour lui rendre son visage du quotidien. Un effort final courageux qui force le respect.

Les notes de musique qui se sont envolées vers la chapelle ont sans doute fait vibrer ses vieilles pierres et réchauffé le choeur de cette belle et majestueuse sentinelle, là- haut sur sa colline. Nul doute qu’elle a brillé, ce soir-là, d’un éclat un peu plus vif.

En savoir plus sur La Gazette De Notre Ségala

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture