Festival du Rouergue : quand Moyrazès s’offre une virée en Bulgarie…

À Moyrazès, mercredi soir, pas besoin de passeport ou même de faire ses bagages pour partir en voyage. Les spectateurs se sont envolés, le temps d’une soirée, vers la Bulgarie. Un voyage offert par le Festival du Rouergue-Cultures du Monde qui, depuis 1954, fait découvrir, au cœur des villages aveyronnais, danses, musiques et traditions des quatre coins du monde.

Des racines aveyronnaises aux horizons lointains

Le Festival du Rouergue est né à Pont-de-Salars, à l’occasion de l’inauguration du barrage, il y a plus de 70 ans. Pour marquer cet événement, les organisateurs avaient invité un groupe folklorique étranger – et sans doute, sans l’imaginer- ils posaient les premières pierres du festival. De cette première rencontre, en effet, est née l’envie de poursuivre l’aventure, de créer une manifestation appelée à voyager dans d’autres communes du département avec de nouveaux groupes, chaque année. D’abord venant de pays limitrophes, puis, au fil des ans, d’horizons de plus en plus lointains et parfois même très exotiques.

C’est ainsi que le festival a pris de l’ampleur. Cette année, est la 69e édition de cette grande fête folklorique. A ce jour, plus de 370 groupes représentant 55 nationalités ont foulé les planches aveyronnaises. Mais derrière ces chiffres, ce sont aussi des rencontres et des amitiés qui sont nées bien au-delà des frontières.

Fafa, un album de souvenirs et d’émotions aux couleurs du monde

Françoise, dite Fafa, en témoigne volontiers. Cette Ruthénoise a fait ses premiers pas dans l’univers du folklore au sein de La Pastourelle. En 1982, elle rejoinait l’équipe des bénévoles du Festival du Rouergue. Depuis, elle a partagé le séjour de nombreux groupes, ici et ailleurs. Elle est allée jusqu’en Calabre et en Turquie. Elle a vu défilé des générations de danseurs et de musiciens, alors forcément quelques liens se tissent… Mercredi, elle a ajouté une nouvelle page à son album souvenir : les retrouvailles avec Parvan, à la tête du groupe folklorique bulgare depuis 45 ans. Elle l’avait rencontré une première fois en 1993, puis en 1996 et trente ans plus tard, leurs chemins se recroisaient à nouveau, non sans une pointe d’émotion.

Le festival, une fête qui a aussi du cœur

Mais le temps des souvenirs n’empêche pas celui de l’action. Mercredi soir, Fafa était derrière le stand des « goodies », proposant aux spectateurs quelques souvenirs du festival. Une vente qui, chaque année, se fait au profit d’une association. Cette fois-ci, les bénéfices étaient destinés à BILECO, une association de République démocratique du Congo. « Il ne s’agit pas de simples dons, mais d’un accompagnement dans la durée, en apportant des outils, des connaissances et des moyens pour permettre aux personnes aidées (principalement des femmes) de devenir pleinement actrices de leur avenir. » précisait Jocelyne. Une explication livrée, d’ailleurs, entre deux volutes gourmandes puisqu’elle tenait, avec Louise, le stand des crêpes.

Le salaire des bénévoles : la richesse des rencontres

Éliette résumait, elle son rôle avec humour : « Je suis polyvalente ». Un œil sur les stands, un autre sur la buvette, toujours prête à donner un coup de main. À la buvette justement, David tenait la caisse, Elia, le secondait. « On n’est pas bien payés ! », plaisantait-il. Une boutade qui en disait long sur son plaisir d’être là et de participer à cette belle aventure collective. Mais le véritable salaire des bénévoles n’est-il pas, justement, dans la richesse de ces rencontres ?

Les forces vives du festival

Autour de la présidente de l’association du Festival du Rouergue, Anne Cayla, originaire de Pont-de-Salars, une cinquantaine de bénévoles s’activent pour faire vivre la manifestation. Parmi eux, celles et ceux chargés de l’accueil des délégations, jouent un rôle indispensable pour recevoir et guider les artistes venus du monde entier durant leur séjour en terres rouergates.

Les coulisses du festival

Pour le groupe bulgare en représentation mercredi à Moyrazès, cette mission était confiée à Lucie, Anaïs et Océane. Les jeune filles ont accompagné leurs hôtes bien au-delà des représentations. Installés au lycée Louis-Querbes le temps du festival, les membres de la délégation y prenaient également leurs repas, préparés par des cuisiniers de l’établissement. Et visiblement, les convives ont un sacré coup de fourchette, me confiaient leurs accompagnatrices.

La parenthèse aveyronnaise d’Anaïs

Pour Anaïs, étudiante toulousaine, cette parenthèse estivale est une véritable découverte. Bien que son grand-père ait des origines aveyronnaises, elle connaissait très peu le département. C’est Lucie- avec qui elle s’est liée d’amitié pendant leur études- qui l’a convaincue de participer à cette aventure. La voilà donc partie à la découverte de Rodez, Moyrazès, Baraqueville et des tous les villages traversés par le festival. Elle apprécie tout autant de pouvoir pratiquer l’anglais que de vivre cette expérience particulièrement enrichissante.

Lucie, l’héritage d’une passion

Lucie, elle, poursuit son histoire familiale avec le festival, dans les pas de ses parents. Mercredi, elle endossait également le rôle de maître de cérémonie, lors de l’ouverture, sur la scène dressée au pied des espaces Jean Mazenc. Autour de cette place, les arbres verdoyants formaient une couronne végétale, un superbe écrin pour accueillir les spectateurs. Dans ce décor naturel, le public a pris place face à la scène, prêt à embarquer pour un voyage vers les pays de l’Est.

Moyrazès, terre d’accueil du festival

Le maire, Michel Artus, a largement salué l’engagement de tous ceux qui font vivre ces rencontres culturelles, avec un merci appuyé à Serge Gabin, premier adjoint, « qui œuvre à l’accueil des groupes à Moyrazès ». Une implication précieuse qui fait de la commune, depuis plus de trente ans, une étape fidèle de cette grande fête des cultures du monde.

Un échange de cadeaux s’en est suivi, comme le veut la tradition. Michel Artus a remis à Parvan un livre consacré à Moyrazès ainsi qu’une médaille de la ville. « Cette médaille tient davantage du cœur que de l’honneur » précisait-il. En retour, Parvan offrait un parfum à la rose- la Bulgarie est réputée pour la culture de cette fleur- une fiole d’alcool et un poster du groupe. Des échanges qui reflètent, eux aussi, l’esprit même de ce festival : la rencontre et l’échange.

Un tourbillon de couleurs et d’énergie

Pendant près d’une heure et demie, entrecoupée d’une pause bien méritée, les danseurs bulgares ont emporté le public dans un tourbillon de couleurs et d’énergie. Costumes traditionnels éclatants, mouvements précis, pas rapides et sourires communicatifs : sur scène, la troupe semblait ne jamais manquer de souffle.

Les danseurs enchaînaient les chorégraphies avec une vitalité impressionnante, sautillant, frappant le plancher de leur pas rythmés, portés par l’énergie des six musiciens.

Leurs instruments aux formes et aux timbres singuliers ajoutaient encore au dépaysement. A ces sonorités venues d’ailleurs répondait les chants et les cris lancés par les danseurs.

Qui va à la chasse perd…

Le local, habituellement occupé par les chasseurs lors de leurs rendez-vous conviviaux, avait été transformé en loge. Il avait pris des allures de grand dressing improvisé. Costumes, jupes, pantalons, gilets, chemisiers , chapeaux et coiffes avaient envahi l’espace dans un désordre aussi joyeux que coloré. Dans ce décor pour le moins inattendu que je croisais Victoria, une des rares danseuses bulgares à parler anglais.

Victoria, sous le charme…

Son sourire éclatant semblait raconter, à lui seul, son bonheur d’être là. Dans son costume traditionnel bulgare, Victoria portait fièrement les couleurs de son pays. Elle a 16 ans. Elle a intégré ce groupe folklorique il y a trois ans. « Parce que j’avais des amis déjà engagés dans cette formation » précise-t-elle.

Ce séjour en France était, pour elle une première. Après une étape à Paris, où elle a été impressionnée par les grands  » buildings », la jeune Bulgare a changé de décor en arrivant en Aveyron. Ici, elle est tombée sous le charme des paysages, de la nature, mais aussi de la culture et la gastronomie locales. L’accueil du public la touche beaucoup et elle a été, particulièrement, émue par le plaisir des résidents de l’EHPAD de Naucelle, devant lesquels son groupe s’est produit mercredi après-midi. La jeune étudiante en art, a également salué l’organisation du festival qu’elle trouve « parfaite ». Voilà qui devrait lui laisser bien plus qu’un simple souvenir de voyage…

Les plaisirs d’un voyage sans passeport

Le public gardera lui aussi de jolis souvenirs de cette soirée, à l’image de Céline, Jérémy, Gaëtan et Eva, habitants du lieu dit L’Espiémont. Ces jeunes du secteur ont apprécié cette escapade folklorique au cœur de l’été. « C’est sympa » commentaient-ils d’une seule voix.

« Sympa ! » C’est aussi le premier mot qui est venu à Odile qui confesse être une habituée des soirées du Festival du Rouergue. Surtout à Moyrazès, puisqu’elle est habitante de la commune. « Moi, ça fait partie de mes loisirs. J’aime la danse plus que la musique. J’aime voir les gens danser, j’aime les costumes. Et là ils sont vraiment jolis ! » confiait-elle, admirative devant les tenues brodées et colorées des danseurs bulgares.

« Dommage que les danses ne soient pas plus expliquées. Tout à l’heure j’ai compris que c’était la fabrication d’un alcool quand ils dansaient avec le tonneau, mais pas plus… Mais c’est pas grave, c’est très bien quand même ! », se ravisait-elle aussitôt, tout sourire. Odile retrouve donc, chaque année, les spectacles proposés par le Festival en Rouergue avec grand plaisir. « On les suit, ou du moins on essaye ». Le lendemain, elle avait d’ailleurs prévu de se rendre à Baraqueville, pour applaudir un groupe tahitien. Une passion qu’elle aime partager avec son mari et ses amies. Lucie, en vacances chez ses parents à Moyrazès et sa fille Emy ont, elles aussi, apprécié cette animation »aussi sympathique qu’originale« .

Puis à la tombée de la nuit, les dernières notes se sont envolées et des salves d’applaudissement leur ont fait écho. Le bus attendait les danseurs bulgares prêts à reprendre la route vers d’autres étapes du festival. Sur place, on pliait les chaises, on démontait la scène, Il était grand temps de rentrer à la maison après cette virée en terres bulgares qui nous avait menés loin, bien loin de Notre Ségala…

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