À Rieupeyroux, autour de la place de la Poste, le temps semblait avoir fait marche arrière, ce week-end. Chromes rutilants, capots ouverts, odeurs d’huile tiède et de mécaniques patinées, la sixième bourse d’échange et exposition de véhicules anciens a transformé le cœur du bourg, en musée à ciel ouvert. Cette manifestation annuelle roule toujours bien. Elle est portée par l’association Rétro Passion Ségala.
Un démarrage au quart de tour
L’évènement rassemblait voitures de collection, tracteurs d’un autre âge, mobylettes et motos d’époque, ainsi qu’une bourse d’échange de pièces détachées. Bref, de quoi nourrir les conversations bien huilées des passionnés et du public !



Une mécanique associative parfaitement rodée
Aux commandes de l’organisation, l’association Rétro Passion Ségala, forte de ses 43 membres et ses deux coprésidents, Francis Meallet et Stéphane Maurel.

« On fonctionne en alternance », explique Stéphane. « Une année, on fait une grosse fête, et, l’année suivante, quelque chose de plus petit. » Cette année, c’était la version allégée. Une manifestation concentrée autour de la place de la Poste, mais loin d’être au ralenti !

Des pièces qui font tourner la passion
Sous les parasols, 25 exposants venus des quatre coins de France ont déployé leurs trésors. Un vaste bric-à-brac de pièces détachées, parfois plus rouillées que rutilantes, de plaques émaillées, revues techniques et autres miniatures de collection…

On y trouvait aussi ces pièces dont, seuls, les initiés connaissent encore l’utilité et celles pour lesquelles chacun y allait de sa théorie. Sur les tables, les mains plongeaient dans ce joyeux inventaire à la Prévert, version mécanique, avec enthousiasme. On chinait, on fouillait, on hésitait, on retournait les pièces, on observait, on comparait, on s’interrogeait.

« Ça sert à quoi, ça ?
– À fonctionner… normalement » répondait, taquin, le vendeur, sans se démonter. Une discussion démarrait. Ici, on ne vendait pas seulement, on réveillait des souvenirs, on titillait sa curiosité, on partageait conseils, expériences et secrets de bidouillages.


En deux roues, petites routes et grands souvenirs
Côté deux-roues, une vingtaine de mobylettes étaient de la partie. Et pas seulement pour faire de la figuration : la veille, elles avaient pris la route en direction de Najac. Une balade qui a tenu toutes ses promesses.

Une mobylette qui pétarade, une meule qui ronronne et voilà les années qui reviennent d’un coup : l’adolescence, les trajets improvisés, les cheveux dans le vent, la sensation de liberté, les pédalages et les moteurs capricieux. Avec leur bruit caractéristique, on les reconnaissaient entre mille. Et vous êtes nombreux-j’en suis certaine-à vous souvenir de ce porte- bagages arrière, un peu dur, sur lequel nos fessiers ont découvert la notion de confort… relatif !


Difficile, aussi, de résister au charme des motos, belles, racées et rutilantes. La preuve en image :Rosy s’y est laissée prendre, à moins que ce ne soit par le charisme du pilote…

Un voyage dans le rétroviseur
Les voitures attiraient naturellement le regard. Une centaine de modèles étaient répartis sur les parkings, alignés comme autant de pages ouvertes sur des histoires de vies.

Et souvent, il suffisait d’un détail pour que le souvenir remonte; « Quand j’étais gamin on partait en vacances avec celle-là. » glissait un grand-père à son petit fils, devant une carrosserie familière. Un modèle, une ligne, une odeur presque… et c’était toute une époque qui revenait. Chaque véhicule semblait avoir ce pouvoir magique de replonger chacun dans sa propre mémoire.





Patrick et son coupé : entre élégance et passion
Parmi ces voitures, impossible de manquer celle de Patrick. Le restaurateur de Prévinquières présentait, pour la première fois, son Peugeot 406 Coupé, gris clair. Son véhicule a 30 ans cette année, et, a décroché son sésame pour le cercle des voitures de collection. Dessiné par le même designer que certaines Ferrari, il affiche une ligne élégante qui accroche immédiatement le regard. Patrick l’a achetée il y a une dizaine d’années au Le Puy-en-Velay, à un collectionneur . « Pour quelques euros… enfin, disons à un bon prix », sourit-il. Une voiture déjà en très bon état, qui n’a demandé que quelques retouches sur les pare-chocs. Sur la route, elle n’a rien perdu de son allure : sièges en cuir, ambiance soignée… presque trop chic pour les petites routes de notre Ségala !

Membre du club des Coupés de France, Patrick organise une sortie par an, dédiée au patrimoine et à la passion automobile. Celle -ci avait eu lieu la veille. Les participants étaient allés à la rencontre d’un collectionneur vers Montauban avant de découvrir le château de Bruniquel.
« J’aime discuter avec d’autres collectionneurs et rencontrer des amoureux de vieilles mécaniques comme moi » , se réjouissait-il. L’occasion idéale d’être de la fête, ce dimanche!
Ça vibre, ça tousse, ça fume…mais ça roule!
Puis il y avait les tracteurs, nombreux eux aussi, massifs, robustes, fidèles au poste. Ces « retraités agricoles » à quatre roues, encore bien fringants ont vrombi, ce dimanche matin, sur les chemins du Ségala.

Orange, verts, rouges, jaunes, bleus… Ils affichaient la couleur dès leur départ à 9h 30. Telle une chenille bigarrée, ils ont serpenté sur les routes de campagne. Ils ont traversé les villages dans un concert de moteurs rauques, ponctué de ratés, de reprises et de quelques volutes de fumée.

Le plus ancien datait de 1954, le plus récent de 1974. Plus de cinquante ans au compteur, pour ces compagnons de route et une belle endurance, fruit d’une mécanique solide et de soins attentifs. Côté confort, on restait dans le très rustique. Sur leurs sièges, les conducteurs en faisaient les frais. Ils encaissaient, stoïquement, les secousses et les tressaillements avec philosophie. Ça fumait, ça tremblait, ça toussait parfois… mais, l’essentiel était que ça avançait ! Enfin presque toujours.

Des kilomètres en mode vintage
« Nous avons eu quelques petits problèmes techniques, mais c’est normal vu l’âge des tracteurs », expliquait Daniel Mouysset qui pilotait l’organisation de la sortie. Et de rassurer : « On n’abandonne personne sur la route. Tout le monde est bien rentré. » se félicitait-il, à l’arrivée du convoi vers 13h30.

La balade, d’une trentaine de kilomètres, est passée par Miquels, Le Rial, Combret, le pont de Compolibat. Puis direction Prévinquières pour une pause café au bord de l’Aveyron, avant de revenir à Rieupeyroux, avec un léger retard… assumé.

Le parcours avait été soigneusement préparé en amont, reconnaissance en 4X4 puis avec deux tracteurs. De quoi s’assurer que les braves mécaniques pourraient à leur tour avaler les kilomètres sans mauvaises surprises. Indispensables, également les bénévoles, que Daniel a tenu à remercier :« Ils ont sécurisé et accompagné les traversées de route tout au long du parcours.«
Coup d’envoi de la saison
Rieupeyroux ouvre chaque année la saison des sorties des tracteurs anciens. Les rendez-vous de ces aficionados vont ensuite se succéder : Les Mazières, Saint Salvadou, Labastide l’Evêque, Lacapelle Bleys. Sans oublier les actions solidaires : Octobre rose et le Téléthon à La Salvetat Peyrales.

Le quartier général de la convivialité
Tout le week end la buvette s’est imposée comme le point de ralliement, véritable poste d’observation privilégié. C’était aussi le lieu de convivialité où les discussions se nouaient naturellement. En fin de soirée on y trouvait, paraît-il, toute l’inspiration nécessaire pour refaire le monde ! A leur retour de balade, les conducteurs de tracteurs y faisaient une halte bien méritée. C’est là, que je les ai rencontrés.





Ceux qui ont pris le volant … et la parole
Derrière ces volants, des profils variés de tout âges agriculteurs en activité ou retraités, mais aussi, des particuliers qui ont remis en état ou entretiennent eux -même leurs tracteurs.

Claude, du Bas Ségala, est venu en famille avec son frère et son neveu, chacun au volant d’un de leurs trois tracteurs engagés. A l’arrivée, autour d’un verre, il plaisante. « Moi, j’ai fait plus de discours que de sillons dans ma vie » . Pour lui , l’essentiel est « de transmettre et faire vivre ce patrimoine rural vivant ». Une évidence qu’il juge « très importante ».

Guillaume, le neveu de Daniel, discute avec ses copains autour d’un tracteur; Il a participé à la sortie. « C’est mon oncle qui m’a transmis tout ça! » raconte-t-il. « Tout ce qui touche à l’histoire au patrimoine et aux traditions l’intéresse. » Il ajoute l’air malicieux que son oncle Daniel lui a même confié avoir conduit gamin certains de ces modèles. Je tiens à relever que Guillaume a bien employé le mot « gamin ». Précision utile pour ceux qui s’amuseraient à faire quelques calculs : qu’ils se rassurent Daniel Mouysset n’est pas si vieux que ça !






Jean-Marc, des Mazières, résume simplement sa participation : « Oh ben c’est une passion… et puis s’est rencontrer les copains. Aujourd’hui j’ai même retrouvé Claude, mon camarade d’école ! »






Francis et Patrick, de La Bastide-de-l’Évêque, enchérissent : « On aime se promener, découvrir les chemins. C’est un loisir… Et puis, oui, un prétexte aussi pour se retrouver. »






Hervé, de Rieupeyroux, désigne son voisin Daniel Mouysset : « C’est lui qui m’a embarqué !Et finalement, c’était bien sympa, comme je connais un peu le coin de Prévinquières… »







Rares étaient les jeunes femmes dans le convoi mais Prescillia de Baraqueville ne regrettait pas le déplacement. « Je suis avec mon compagnon Benjamin et j’apprécie l’ambiance . On voit du monde, et puis une balade en tracteur c’est agréable ! »




Le plein de convivialité : carburant indispensable
Samedi soir, un apéro tapas est venu prolonger les discussions, tandis que ce dimanche midi, plus de 150 repas ont été servis. Car, à force d’avaler des kilomètres-même à vitesse modérée-une évidence finit par s’imposer : la mécanique, ça creuse.

Aux fourneaux, Michel Rouquette, chef du jour et maître dans l’art de régaler les troupes, s’activait. Au menu, du solide et du local : un aligot filant accompagné de veau d’Aveyron et du Ségala, le tout préparé avec des produits soigneusement sélectionnés, du côté de U Express Rignac et de la Roselle. De quoi remettre tout le monde d’aplomb après les secousses du matin.


En entrée, pâté généreux, histoire de lancer la machine. En dessert, des tartelettes pour adoucir la fin de course. Et pour faire glisser l’ensemble, quelques bouteilles de nectar de Bacchus.

Autour de Michel, une véritable équipe de choc s’activait. Ici, pas de brigade étoilée, mais une efficacité redoutable… et surtout une bonne humeur communicative.


Car au fond, que serait de telles journées sans ce passage obligé autour de la table ? Un moteur sans carburant, sans doute. Et à Rieupeyroux, on a visiblement choisi de ne pas laisser la convivialité caler. On a remis en circulation des souvenirs, des histoires, des rencontres et des retrouvailles.




A voir les sourires sur les visages, une chose est sûre : dans le Ségala, les vieilles mécaniques vieillissent bien. Pour ce qui est de l’avenir Stéphane Maurel l’a confirmé : Rétro Passion Ségala embraye déjà sur l’édition 2027.





