Thierry, nouvel habitant à Moyrazès : de la rudesse de l’hiver aux joies du printemps

Autour de joyeuses agapes, lors de la récente journée de nettoyage des chemins de Moyrazès, de belles rencontres ont eu lieu entre anciens et nouveaux habitants de la commune. Installé depuis mi-décembre; en plein cœur du village, face à la mairie, Thierry Tanavelle a profité de cette animation pour s’intégrer tout naturellement au paysage local et aux conversations.

Une porte ouverte à l’imprévu

Pour ma part, c’était la deuxième fois que je le croisais. La première , c’était mi- décembre, alors que j’installais mon exposition de santons, en-dessous de la mairie. La porte s’était ouverte sans prévenir. Un peu dans l’esprit du fameux : « J’ai vu de la lumière, alors je suis entré. » La discussion s’est poursuivie, sans s’imposer. Par réflexe journalistique, les questions me sont venues naturellement, non sans m’excuser d’assaillir ce pauvre visiteur de mille interrogations. Mais j’avais face à moi « un bon client » comme on dit. Ah cette curiosité … quel vilain défaut !

« Vous êtes d’ici ? avais- je fini par lui demander

Non j’ai emménage hier, répondit-il simplement

Ah bon?

oui j’ai acheté la maison juste en face. »

Il sourit comme si la suite allait de soi.

« Si je vous raconte comment j’ai atterri ici, vous n’allez pas me croire…

Je pressentais déjà du pain béni pour la Gazette…

Thierry se lançait , alors, dans un récit digne d’un incroyable scénario. Comment avait-il découvert Moyrazès qu’il ne connaissait pas plus que ses habitants…

Installez- vous … On rembobine.

Zoom arrière…

Nous voilà six mois plus tôt en juillet 2025. Thierry vit à la frontière du Gard et de l’Hérault. Il va rendre visite à sa famille à Aurillac. Il fait beau, il fait chaud. Dans le coffre de la voiture, il glisse son vélo. Au cas où l’envie lui prendrait sur le chemin du retour de s’offrir une petite parenthèse sportive sur les routes aveyronnaises.

Plan suivant…

L’ asphalte file tranquillement sous les roues de son vélo, Thierry pédale, le trajet s’étire jusqu’à Moyrazès. Rien de prévu, rien de pressé. Des effluves, une ambiance, il pousse la porte du restaurant les Coquelicots. Puis la pause gourmande appelle la balade digestive… tranquille.

Gros plan : un panneau, « à Vendre » est accroché au portail d’une maison face à la mairie.

Travelling sur cette imposante bâtisse aux murs clairs, qui se dresse fièrement au pied du clocher, dans le calme du village. Une présence marquée mais silencieuse.

Plan suivant

Thierry passe devant la maison, il ralentit. L’instant de trop, peut être. Son regard s’accroche à la facade, le panneau « A Vendre »capte la lumière et toute son attention. Thierry s’arrête, repart, revient. Quelque chose le retient déjà.

Plan final

Un premier contact avec l’agent immobilier, une visite . Rapidement, la décision est prise. cette maison sera la sienne.

Une maison trop pleine, un hiver trop long

Pour ce faire, Thierry doit tourner une page entière de sa vie. Il quitte son entreprise, vend sa maison et fait une croix sur son quotidien. Tout s’enchaine rapidement, c’est une rupture nette, sans retour en arrière.

C’est en plein mois de décembre qu’il arrive à Moyrazès. L’hiver est déjà là, dur, installé : le froid, le vent, la pluie, le brouillard, la neige. Le Ségala grelotte. Thierry aussi entre ses quatre murs mal isolés où la température descend certains jours à douze degrés.

Et surtout la maison a été achetée garnie. Les meubles des anciens propriétaires, sont là massifs, sombres, imposants. Ils occupent l’espace.

Les bibelots, les tableaux, la vaisselle… Tout est resté en place. Tous ces vestiges d’autres vies habitent pleinement les lieux. Impossible de bouger ce mobilier trop lourd. Impossible de poser ses propres affaires. Impossible de s’installer vraiment. Tout est déjà là, figé.

Thierry a le sentiment d’ entrer dans un décor qui n’est pas le sien, au milieu de ces objets qui racontent un quotidien qui n’est pas le sien. Il se sent comme un intrus dans cette maison.

« J’étais comme écrasé, étouffé », commente-t-il avec émotion.

Alors, il abdique face aux éléments extérieurs et intérieurs. Il vit reclus, comme un ours dans sa tanière, dans cette maison trop pleine et trop froide, trop oppressante.

Son frère, comprend la situation et vient lui prêter main forte. Une présence précieuse qui redonne de l’élan à Thierry . Ensemble, ils engagent des travaux d’isolation. Ils colmatent, améliorent, réparent. Peu à peu, la maison change. Doucement la chaleur s’installe…

Un vide -maison libérateur

Maintenant, il faut faire de la place.

Thierry se sépare progressivement des meubles et de tous ces indésirables héritages. Il les propose, les donne. « Je pense que j’ai fait des heureux », dit-il simplement.

Pièce après pièce, il peut enfin installer ses propres affaires. En parallèle, une nouvelle vie professionnelle se met en place. Il trouve un emploi en intérim dans une entreprise de plomberie à Rodez, qui devient rapidement un CDI. Les choses s’alignent doucement.

Les repères du quotidien au village

Peu à peu, il s’ouvre aussi au village. Les lieux du quotidien deviennent des repères, le café, l’épicerie multi-services de Sarah, les rencontres simples du quotidien. Les liens se tissent au fil des jours, au rythme de ses rencontres. Avec le maire Michel Artus, Thierry partage la passion du cyclisme « Je m’y remets avec les beaux jours » confie le premier magistrat, qui a tout de même ajouté une petite assistance électrique à son deux roues. Thierry, en revanche, ne triche pas. Il pédale sans assistance, ni GPS, parfois , même, un peu dans la choucroute ! « Récemment, je suis parti pour faire 11 km j’en ai fait 23, je me suis un peu perdu. Mais j’ai retrouvé mon chemin grâce aux sequoias du cimetière ». Et ce détail n’en est pas vraiment un.

Des sequoias à Moscou: l’empreinte du docteur Foucras

Un peu d’histoire … Ces séquoias ont été plantés à la fin du XIXe siècle, à l’initiative du docteur Auguste Foucras, maire de Moyrazès de 1879 à 1904 et président du Conseil d’Arrondissement. Et le hasard prend, là, une résonance particulière : ce fameux docteur Foucras vivait dans la maison que Thierry vient d’acheter. Une coïncidence amusante. Ce bon docteur est aussi à l’origine de plusieurs noms de lieux-dits de la commune inspirés des batailles napoléoniennes : Marengo , Lafayette… C’est, également, à cet illustre élu que l’on doit ces détours inattendus par Moscou, Bethléem, Tunis… comme autant d’étapes singulières, en plein Ségala, pour rejoindre Moyrazès .

Aujourd’hui c’est dans ce décor chargé de petites et grandes histoires que Thierry écrit la sienne.

Au fil d’une journée de rencontres

C’est une affiche aperçue à la bibliothèque qui l’avait incité à participer à la journée de nettoyage des chemins.

Ce matin-là, malgré les huit coups de l’horloge du clocher, qui résonnaient dans sa maison, Thierry traînait un peu. Lorsqu’il arrivait sur la place du village, les valeureux ouvriers étaient déjà partis.

Nicole, l’une des organisatrices, arrêtait, in extremis, un véhicule et le fait monter à bord. Thierry faisait connaissance avec Alain, chasseur invétéré, Jérémie, qu’il surnomme depuis « le virtuose de la tronçonneuse », et Céline, « haute comme trois pommes mais redoutablement efficace ». La fine équipe s’affairait toute la matinée à débroussailler, dans une ambiance conviviale. Thierry s’y senti vite à sa place. Issu du monde du rugby, il retrouve dans ces moments collectifs des valeurs qui lui sont chères : l’entraide, l’effort commun, la solidarité.

Bienvenue en Ségala, terre de contrastes

Entre la poire et le fromage, porté par les rayons du soleil printanier, Thierry débordait d’enthousiasme. Il évoquait l’idée de reprendre son permis de chasse et celui de pêche, fortement,encouragé par les aficionados du genre. Il parlait déjà de ses prochaines sorties en trail, à vélo. Marie-Line et Thierry nouveaux arrivants- de plus longue date- lui glissaient, généreusement, conseils et itinéraires pour découvrir secrets et chemins du Ségala. Terres où – que Thierry se rassure !- la rudesse de l’hiver n’a d’égal que la chaleur de ses habitants…