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Canicule : Ségala, l’or des champs, la force des liens

La carte de France se colore d’écarlate. Les recommandations reviennent inlassablement : boire régulièrement, limiter ses sorties aux heures les plus chaudes, fermer les volets, prendre des nouvelles de ses voisins… Des conseils de bon sens répétés à chaque épisode de chaleur intense. Ces parenthèses caniculaires ont toujours ponctué nos étés avec une intensité, plus ou moins marquée, selon les années, ici, comme ailleurs…

Dans la fraîcheur des pierres

Ce bon sens – que l’on qualifie volontiers de paysan – s’est toujours imposé naturellement au fil des saisons, au cœur de nos terres rurales. En ce mois de juin, un rythme d’été se met en place. Simple, instinctif. Dans le Ségala, les maisons de pierre, épaisses et patinées par le temps, sont des refuges qui respirent à l’envers. Dès les premières heures du jour, on ferme les volets. On emprisonne la fraîcheur de la nuit ,derrière les murs épais. Une pénombre bleutée enveloppe alors les pièces, tandis qu’au dehors le soleil frappe sur les toits d’ardoise, assèche les murs de pierres, brûle les chemins et brunit les collines .

A Moyrazès

Au- dessus des terrasses les voiles d’ombrages se tendent comme des ailés protectrices et colorées. Les parasols s’ouvrent eux aussi, ponctuant jardins et balcons de touches de toiles vives, abris fragiles face à cette lumière écrasante.

La journée s’étire, lente, immobile, jusqu’à ce moment où le jour capitule. Alors, seulement, la campagne reprend son souffle. Les ombres s’allongent sur la route, les arbres redessinent les chemins et l’air retrouve peu à peu un semblant de légèreté. On rouvre les portes, les fenêtres, on s’attarde dehors, comme si le village se remettait doucement en mouvement.

Dans les rues de Moyrazès

La blondeur des étés avancés

Dehors, la campagne a changé de couleur. Le vert du printemps a cédé la place à une livrée dorée, celle des foins coupés, des blés mûrs, des champs qui annoncent les moissons et craquent sous les pas. Les collines du Ségala se parent de couleurs miel et de poussière, Elles accrochent la lumière et ont la blondeur de ces étés avancés, les chemins blanchissent et les reliefs se dessinent en ombres courtes et fragiles.

Rieupeyroux, depuis la route de Rivière, au premier plan départ de feu de chaume

Cette blondeur a ses exigences. Quand tout est si sec, le moindre souffle, la moindre étincelle, suffisent à embraser les terres asséchées. La chaleur de l’été, parfois, se fait sournoise…

Le bal des machines agricoles

Le silence des paysages écrasé de chaleur est trompeur. ici l’activité ne s’arrête pas, elle se décale. Quand la chaleur retombe , les machines reprennent la main. Les moissonneuses s’éveillent à la fraîche, glissant dans les champs encore tièdes du jour. Leurs lumières balaient la nuit. Et dès les premières heures du matin, le ballet des tracteurs impose sa cadence sur les routes. Chargés, lourds, lents ils traversent les villages et imposent leurs silhouettes massives sur les départementales, ralentissant les automobilistes. C’est aussi cela le rythme de l’été, ici.

Sur la route entre Moyrazès et Baraqueville

Quand fleurs et légumes s’inclinent sous la chaleur

Les jardinières des fenêtres et des balcons-géraniums, pétunias, surfinias ou verveines- patientent dans la chaleur, un peu fléchis, parfois. Mais dans un sursaut de dignité, elles tiennent encore leur éclat, face au soleil. Les hortensias tentent aussi de faire bonne figure…

Moyrazès, les jolies fleurs de Denis qui malgré tous les soins souffrent de la chaleur

Les massifs débordent de couleurs, mais au fil de la journée, ils s’inclinent doucement. Les lavandes tiennent fièrement tête au soleil, droites, dans cette lumière presque provençale.

Moyrazès , chez Denis

La terre, elle aussi, réclame sa pause. Dans les jardins, les feuilles des légumes s’affaissent. Les légumes ne semblent plus vraiment mûrir : ils brûlent.
Quand le ciel s’étoile, le bruit discret de l’eau s’échappe des arrosoirs. La terre boit, enfin.

La proximité : un trésor discret et précieux

La nuit est trop courte, trop chaude. Et déjà les considérations météo s’invitent dans les conversations du matin :

Ça va encore chauffer aujourd’hui !

On va rester à l’ombre, comme hier!

Ici, un volet resté fermé trop longtemps, une maison sans lumière et l’attention se porte naturellement sur les voisins. On passe on prend des nouvelles surtout des aînés.

Le pompier volontaire qui intervient sur un feu de chaume est notre voisin. L’infirmière ou l’aide soignante qui nous accueille à l’hôpital après un coup de chaud aussi. L’aide à domicile, les auxiliaires de vie, celles et ceux qui s’occupent des plus fragiles sont des visages connus. En période de canicule, tous redoublent d’efforts. Ils veillent, interviennent, accompagnent.. Dans nos villages on ne reste pas anonyme : on se connait, on se reconnait. C’est une proximité précieuse, rassurante qui protège, simplement parce qu’elle existe et qu’on l’entretient.

Des blés en Ségala

Peut-être que la chaleur est plus intense qu’autrefois, peut-être que les prairies jaunissent plus vite, que les ruisseaux se font plus discrets… Mais au milieu de cette lumière éclatante, le Ségala conserve ce qui le caractérise : une terre où le bon sens se transmet sans bruit, où l’on vit au rythme des saisons et où l’été malgré sa rudesse, garde la couleur de l’or.

Depuis Rivière de Rieupeyroux

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