Vendredi soir, sur la petite route qui mène à l’aire de jeux des Terrisses, un long serpentin de voitures stationnées témoignait déjà de l’affluence. En ce 3 juillet, la Fête de la Musique, organisée quelques jours après la date officielle par l’association de Vors, Animation de la Vallée de Lenne, avait manifestement trouvé son public.
Quand la fête prend le chemin des champs
Il était 21 heures. Devant le camion à pizzas de Yann, la file d’attente n’en finissait pas de s’allonger. Sous les grands arbres, les tables se remplissaient. D’autres préféraient partager un verre autour des bidons John Deere transformés en mange-debout. A la buvette les bénévoles s’ activaient déjà autour de la tireuse à bière…








Dans ce décor champêtre, sur une scène qui n’en était pas vraiment une, où enceintes, projecteurs et autres pédales d’effet étaient posés à même l’herbe, Manu Roig, seul à la guitare, avait entamé son concert.








À cette heure-là, chacun profitait surtout des retrouvailles. Les conversations allaient bon train, les pizzas sortaient du four les unes après les autres. Les enfants avaient investi le coin des jeux. On se saluait d’une table à l’autre, on commençait à jouer des coudes autour de la buvette… Bref, on pouvait se demander si la musique réussirait à rassembler tout ce petit monde. La réponse n’allait pas tarder.





Manu Roy, un chanteur aux champs
Chanteur et musicien professionnel originaire de Rouffiac, dans le Tarn, Manu Roig n’a pas eu besoin de beaucoup de temps pour captiver le public, avec une simplicité désarmante. L’ancien candidat de « The Voice » a, rapidement, embarqué l’assemblée dans un voyage musical, offrant à chacun un billet sans retour pour traverser pays, régions, époques et styles. Il a, joyeusement, fait défiler la bande son de nos souvenirs, de Dassin à Brassens, de Cabrel aux Beatles, de Zebda à Brel, d’un « se canto » à « Bella Chao » en passant par Pierre Bachelet- et la liste est bien loin d’être exhaustive ! Les titres s’enchainaient, sans effet superflus, généreusement, portés par la guitare voix. Très vite,le rythme gagnait les rangs du public.
Ici et là on battait frénétiquement la mesure du pied dans l’herbe ou du bout des doigts sur un coin de table, comme un réflexe discret qui s’installait peu à peu. D’abord timides puis de plus en plus assurés les premiers danseurs se laissaient aller à quelques déhanchés et sautillements au plus près de l’espace musical. Entre deux chansons, Manu Roig lâchait quelques anecdotes et traits d’humour, des échanges très appréciés du public… « Ça me permet aussi de reposer un peu ma voix », confiera-t-il. Et de la voix il lui en aura fallu pour assurer brillamment plus de deux heures de spectacle.
Les Bachelettes, cinq minutes de gloire…
Très vite, dans le public, certaines ont estimé que l’heure était venue d’afficher leur talent au grand jour. Jackye, Isabelle et Brigitte connaissaient nombre de paroles par cœur. Sur Les Corons, elles chantaient avec un enthousiasme tel, que Manu Roig ne pouvait les ignorer. Il les rebaptisait « Les Bachelettes » avant de les inviter à le rejoindre, le temps d’une chanson, pour jouer les choristes.
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Une parenthèse spontanée qui restera comme un joli clin d’œil dans cette soirée. Ces quelques notes n’auront pas suffi à lancer la carrière de ce trio chantant. Leur notoriété n’aura malheureusement pas dépassé les limites du champ des Terrisses et des pages de La Gazette.











L’entrée dans la danse
Le spectacle continuait de monter en puissance. Les blind-tests s’enchaînaient entre deux séries de chansons, les gagnants remportaient de quoi trinquer une fois de plus. Au fil de la soirée, les spectateurs se rapprochaient. Ceux qui discutaient encore, il y a quelques minutes, se mettaient à reprendre les refrains.
Un groupe de conscrites de Moyrazès, dont la présidente Emmy, donnaient de la voix, dansaient, participaient aux jeux, avec un enthousiasme débordant, telles de fières ambassadrices de la commune. Un vent de bonne humeur soufflait, incontestablement, sur les terres ségalies…
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Un petit air de guinguette
Alors que le jour se retirait sur la pointe des pieds, la lumière se faisait plus douce, plus dorée. Les guirlandes d’ampoules accrochées dans les arbres dessinaient autour de la buvette une ambiance guinguette à ciel ouvert. De nouveaux gourmands faisaient la queue devant le camion à pizzas. Les odeurs de pâte chaude et de cuisson au feu se mêlaient à celles de l’herbe foulée, tandis que les bénévoles faisaient tourner la buvette sans relâche.

Derrière le bar, les clés de la réussite
Parmi eux, Stéphane, bénévole, sur le pont toute la soirée. Son épouse Isabelle, est, par ailleurs, membre du bureau de l’association. Pour lui, pas de doute : « une super soirée » résumait-il. Conquis par ce qu’il appelle « l’esprit tarnais » faisant ainsi référence à cette rivalité, bonne enfant, entre le Tarn et l’Aveyron. La petite équipe mobilisée pour l’organisation connaissait déjà l’artiste, au fil de différentes scène locales : Fénayrols, Ceignac… De ces expériences partagées est née l’envie de le faire venir à Vors. « J’avais trouvé ça sympa » résume Guillaume, satisfait du choix au regard de la soirée.

Même sentiment pour Grégory, le président de l’association. Des habitants de Vors, des Terrisses, de Moyrazès, Gramond, Boussac, Luc, mais aussi de Rodez, parfois arrivés après les épreuves nocturnes de quilles à Baraqueville, avaient fait le déplacement. « Nous n’étions pas très nombreux pour organiser tout ça, mais tout s’est très bien passé. Il y a vraiment du monde. Les carafes ont bien servi ! » souriait-il. Une petite astuce, qui, mine de rien, aura permis de fluidifier le service du nectar de houblon.


Des spectateurs, d’ici et d’ailleurs, conquis
Parmi les spectateurs, Michael découvrait Manu Roig. Venu de Montpellier, il était là le week end à l’invitation de sa nièce Lisa de Vors. Il ne cachait pas son enthousiasme. « Surtout, parlez-en dans votre journal, Manu Roig c’est quelqu’un de bien et puis dans ce cadre c’est super « , glissait-il après le concert. Déjà conquis, il envisageait même de prendre contact avec le chanteur pour l’inviter à animer une manifestation près de chez lui. Lisa, qui suit l’artiste depuis plusieurs années, ne pouvait qu’approuver.

Et un dernier refrain…
Lorsque résonnaient les premières notes de Santiano, la prestation musicale touchait à sa fin. Mais le public en décidait autrement. « Une autre ! Une autre ! » scandait Michael derrière moi, rapidement rejoint dans sa requête par les autres spectateurs. Impossible alors d’échapper aux Lacs du Connemara. Les téléphones s’élèvaient dans la nuit, les voix couvraient presque celle du chanteur, et, au milieu de ce champ des Terrisses, ce n’ étaient plus seulement quelques spectateurs qui assistaient à un concert, mais tout un public qui chantait d’une seule voix.
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Au rythme des rencontres…
Une bande son a ensuite pris le relais. Céline Dion à laquelle j’avais échappé jusqu’ici s’est alors brutalement imposée à mes oreilles. Je me tournais vers ma voisine, dans l’espoir de trouver une alliée. « Je ne supporte pas Céline Dion » lui ai-je soufflé. Mauvaise pioche. elle m’expliquait avec une conviction qui, vous l’aurez compris, n’est pas mienne, qu’ elle adorait cette chanteuse.
Finalement les chansons ne faisaient pas seulement danser, elles faisaient aussi parler. Les conversations s’allongeaient à mesure que les verres se remplissaient et la convivialité gagnait encore quelques degrés.

Un vendeur de bonne humeur
C’est ainsi que je me retrouvais auprès de l’équipe d’un magasin de Baraqueville, venue passer la soirée entre collègues. L’un d’entre eux avait d’ailleurs décidé de vendre, ce soir-là, une tout autre marchandise : de la bonne humeur. Et celle-ci était distribuée sans compter, pour le plus grand plaisir de ses collègues… et du mien.

Je ne pouvais, d’ailleurs, m’empêcher d’y repenser le lendemain. Je le retrouvait dans ses rayons, son professionnalisme avait, certes, repris ses droits, mais, sa voix un peu plus rauque que d’ordinaire trahissait encore les réjouissances de la veille. J’imaginais, déjà, les quelques lignes qui allaient lui valoir sur quart d’heure de gloire dans la Gazette. J’en faisais part à sa collègue à la caisse. A son sourire, je mesurais une certaine impatience de découvrir l’article pour pouvoir gentiment le chambrer.Voilà qui est fait !

Au fil de la soirée, les cercles se sont resserrés autour de la buvette. On parlait encore, on riait encore, comme pour retarder le moment de partir. Mais la nuit avançait. Et chacun a regagné doucement le chemin du retour, en emportant avec lui les dernières notes de la soirée.
L’association Animation de la Vallée de Lenne observe désormais sa trêve estivale. Le café associatif rouvrira en septembre. Bonne vacances!

