Moyrazès, plantation des mais-Première partie : des granges et des secrets bien gardés

Pendant plusieurs semaines, il s’est passé de drôles de choses aux quatre coins de la commune de Moyrazès… À La Pale, à Carnot, au Terral, à Gréfuel et dans bien d’autres endroits, j’ai eu le privilège d’être invitée, quelques après-midis ou soirées, pour assister à des scènes un peu inattendues. Avec presque chaque fois la même consigne : « Tu ne racontes rien avant le 26 septembre. »

Promis.

Chacun sa route, chacun son chemin et un même rendez-vous

J’avais le droit de faire des photos, mais pas question de les publier avant le jour J, ni de réveler ce que j’avais vu. Je dois dire aussi qu’au fil des rencontres certains ont tenté de m’extorquer quelques informations sur leurs voisins et l’avancée de leurs réalisations, mais je n’ai rien lâché.

Ces reportages de terrain ont parfois pris des airs de jeu de piste. J’y découvrais chemins, lieux- dits, hameaux dont j’ignorais l’existence tout comme mon GPS, d’ailleurs. De quoi mesurer combien la commune de Moyrazès s’étend sur un vaste territoire. Aux quatre coins, chacun préparait pourtant sa part d’une aventure qui allait bientôt réunir tout ce petit monde.

Maintenant que tous les habitants savent de quoi il s’agit, je peux enfin tout vous dévoiler. Retour sur quelques semaines où les granges de la commune ont abrité bien plus que des bottes de paille…

Savez-vous planter les mais à la mode de chez nous ?

Mais avant de raconter les coulisses de cette aventure collective qu’est la préparation et la plantation des mais, une petite explication historique s’impose.

C’est une coutume attestée dès le Moyen Age. Elle consistait à planter un arbre en l’honneur d’une personne ou d’un évènement. Avec la République, est né la plantation du mai républicain tricolore- et plus tard celle d’arbres- pour saluer les nouveaux élus. Malheureusement, cette tradition se perd peu à peu.

A Moyrazès pas question de la laisser disparaître. La journée de samedi l’a une nouvelle fois prouvé. Ici, la plantation des mais est une incontournable parenthèse festive, mais surtout une magnifique aventure collective.

Pour que tout roule…

Qui dit collectif, dit équipe. La première réunion de préparation avait eu lieu fin juin. Il fallait alors poser les premières bases : constituer les équipes, désigner les responsables de chaque secteur et de chaque char, trouver des lieux en guise d’atelier, mobiliser des conducteurs de tracteurs pour balader les chars sur les routes de la commune… Rien ne pouvait être laissé au hasard côté sécurité, parcours, traversées de routes, circulation du cortège… Chaque détail devait être soigneusement anticipé. Entre l’expérience des « habitués », l’enthousiasme, les idées et l’envie de ceux qui découvraient, toutes les bonnes volontés étaient déjà réunies pour donner le ton.

Au fil des semaines, les équipes se sont naturellement constituées par quartier, par affinité, mais pas seulement. Les nouveaux arrivants ont été les bienvenus dans les différents groupes. Des associations foot, théâtre ou encore les conscrits ont, également, rejoint le mouvement, en réalisant leur propre char. Début septembre une dernière réunion venait chiffrer l’enthousiasme général : dix-sept chars étaient annoncés pour cette journée du 26 septembre.

Des granges, des garages et des secrets bien gardés

Mais entre-temps, il avait fallu passer de la théorie à la pratique. Les granges n’ont pas été les seuls ateliers de ces drôles d’équipées. Pour les travaux les plus minutieux- toutes ces petites finitions qui demandent davantage de calme que de force- une salle de la bibliothèque s’était elle aussi transformée en atelier d’artiste. Chez certains, c’était un coin du salon, de la cuisine, du garage ou de la cave qui abritait les expressions créatives. On y découpait, on y peignait, on y fabriquait des fleurs en papier et quantité de petits éléments destinés à donner aux chars leur touche finale. Le tout, très souvent, entre deux bouchées de gâteau et un verre de jus de fruit. Et puis il y avait les devoirs à faire à la maison. Certains repartaient, en effet, avec un petit élément à colorier, une décoration à préparer ou une finition à reprendre.

Ce qui faisait le sel de ces préparatifs, c’était vraiment ce précieux mélange de savoir-faire, d’idées et de personnalités. Car pour donner vie aux chars, il fallait décidément savoir tout faire, ou presque. Ainsi dans les lieux-dits alentour, les ateliers se multipliaient, chacun préservant jalousement ses secrets et son char à l’abri des regards.

Une joyeuse armada sous surveillance féline

À Carnot, la tranquillité d’une petite armada de chats sauvages nés entre les ballots de paille en a pris un coup. Il faut dire qu’ici, comme ailleurs, on a serré des boulons, vérifié des roues, tapé du marteau, découpé du tissu, peint des planches, désossé des palettes, planté des clous, agrafé des décors… De quoi perturber quelque peu la quiétude de ces petits félins.

Mais, gageons qu’ils ont peut-être trouvé leur compte dans cette agitation : ces heures de bricolage pouvaient se solder autour d’un buffet ou d’un apéritif dînatoire, et quelques miettes ont, sans doute, fini par tomber à leur portée.

Rien ne se perd, tout se transforme…

D’un endroit à l’autre, l’imagination débordante des Moyazésois s’exprimait avec brio. Certains chars avaient été construits pour l’occasion. D’autres s’offraient une seconde vie, façon seconde main : récupérés, transformés, détournés. Ainsi, un château fort – qui avait honoré un élu en son temps – changeait de destinée cette édition. Ses tours étaient devenues des fusées et il était prêt à accueillir une armada d’extraterrestres. Quelques blés dorés de notre Ségala ont eux aussi trouvé une nouvelle vocation en venant coiffer, élégamment, le toit d’une paillote.

Là, où les vaches ont vu…vert!

À Griffouillet, un lieu-dit que le GPS ignore obstinément, il s’est pourtant passé bien des choses pendant ces quelques semaines. C’est ici, sous le toit d’une grange qui fait face aux pâtures, qu’a pris forme le char très champêtre de la Maresque, celui qui transportait les arbres à planter.

La veille du défilé, tout était prêt: le tracteur attelé à la remorque couverte de verdure et de laurieres, un espace cosy avec ses bancs en bois et un charmant portillon. Le tout décoré de fleurs tricolores en papier crépon. Un matériau devenu- m’ont confié les créateurs du char – presque aussi précieux que l’or tant il a été difficile à dénicher.

Telles des commères, depuis leur pâture voisine, les vaches observaient ce curieux manège avec une attention toute particulière. Elles s’approchaient au plus près, prétextant venir aux mangeoires débordant de foin pour ne rien perdre de cette agitation inhabituelle.

Au Terral les générations ont fait équipe

Au Terral aussi, les équipes s’étaient largement mobilisées. À la veille du défilé, histoire de prendre des forces avant le grand jour, un apéritif dînatoire réunissait participants et habitants du hameau dans une joyeuse ambiance.

Le thème du char : les pompiers. L’occasion pour les futurs petits soldats du feu d’essayer les casques, tandis que les grands essayaient la tenue qui serait portée le lendemain, un joli tee-shirt rouge.

Toutes les générations s’étaient donné rendez-vous. Des bébés de quelques mois s’apprêtaient à vivre leur toute première plantation des mais, tandis qu’Henri de Mérican, 84 printemps, pouvait en raconter bien davantage. Depuis ses premiers souvenirs, qui remontent à la mandature du père de Gilbert Serieys, il a toujours connu cette tradition. S’il ne pouvait malheureusement pas suivre le convoi le lendemain, il tenait à être là pour le repas et comptait bien assister au départ du char le matin venu.

Parmi les convives, j’ai aussi rencontré Audrey et Mickaël, deux futurs habitants du Terral, installés en région parisienne. Ils ont acquis ici un corps de ferme qu’ils restaurent patiemment, avec le projet de s’y installer dans quelques années. Audrey, qui est par ailleurs la filleule du maire, découvrait cette tradition. Cette soirée était donc une première, mais aussi une belle occasion de faire connaissance avec ceux qui seront bientôt leurs voisins.

Dans ce fief du maire, entre les tout-petits qui découvraient la fête, les anciens qui en connaissent l’histoire et ceux qui s’apprêtaient à écrire une nouvelle page de la leur, l’ambiance était résolument à la bonne humeur.

Quelle drôle de population que celle de Moyrazès !

Saviez-vous que parmi les administrés de cette commune du Ségala se cachent quelques cow-boys ? Et pas seulement !

Ici, la Septième Compagnie a visiblement trouvé un terrain d’entraînement. Il y a aussi une brigade de gendarmes et de gendarmettes, que personne ne soupçonnait jusque-là, semblant tout droit échappée de Saint-Tropez.

L’équipe des Bronzés peut planter, ici, sa paillote à tout moment « sur un malentendu », tandis qu’une joyeuse bande de circassiens a pris ses quartiers d’automne dans la commune.

Et comme si cela ne suffisait pas, des extraterrestres ont même posé leur soucoupe parmi les habitants et des Minions envahissaient nos terres ségalies.

Une bande d’Irlandais avait également débarqué pour conquérir le territoire. Histoire d’affrioler la population féminine locale, ils n’hésitaient pas à soulever leur kilt.

Face à eux d’irréductibles gaulois, Astérix en tête résistaient fièrement encore et toujours.

Vêtus de blanc et de rouge quelques « basques » portaient haut les couleurs et la bonne humeur des férias…

Heureusement, chacun pouvait compter, tout au long de la journée sur la bienveillance de valeureux pompiers et l’efficace équipe du SMUR de Moyrazès.

De quoi laisser Michel Artus, le maire, et ses conseillers quelque peu surpris devant cette nouvelle brochette d’administrés. D’autant qu’ils ne pouvaient pas non plus vraiment compter sur l’équipe des employés municipaux du jour. Et ce n’est là qu’un avant-goût de l’improbable population qui avait pris place à bord des dix-sept chars. Mais ça, c’est une longue histoire, je vous la raconterai dans le prochain article.

A suivre…

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