Mercredi soir, la place du village de Moyrazès a pris ses grands airs de guinguette à l’ombre des arbres, au pied des Espaces Jean Mazenc. Quelques heures plus tôt, ces mètres carrés de bitume – sur lesquels le clocher de l’église joue les sentinelles au quotidien- n’étaient pourtant qu’un espace familier pour les habitants du village. Puis les lumières suspendues dans les arbres, les tables dressées, les barnums et scène de plein air installés, les premières notes de musique et toute l’énergie déployée par les membres de l’AJAL ont peu à peu fait naître, là, un décor féerique…
Trois petites notes de musique…
L’après-midi, quelques notes de musique flottaient déjà dans les rues de Moyrazès. Dans ce village habituellement si paisible, un voisin aurait-il décidé de pousser un peu le volume de ses enceintes ? C’est, en tout cas, la première pensée qui m’a traversé l’esprit avant de me souvenir que l’Estafette de l’AJAL, la guinguette itinérante, avait justement rendez-vous, ce soir-là, avec les habitants.



En coulisse, chacun joue sa partition
Sur la place, toute une organisation était déjà à l’œuvre. les salariés de l’AJAL et une vingtaine de bénévoles s’affairaient aux préparatifs. Les barnums poussaient comme des champignons, la buvette s’installait, l’espace restauration s’organisait, les grandes tablées prenaient place sous les grands arbres. Au pied de la scène, techniciens et musiciens s’activaient entre câblages, branchements et premières balances.




Un petit air d’antan…
A l’image du Capitaine Fracasse de Théophile Gauthier, il y avait là quelque chose de ces troupes itinérantes d’autrefois qui arrivaient sur les places des villages avec leur décor, leurs artistes et toute une organisation bien huilée. Elles étaient la promesse d’un moment hors du quotidien. Chacun connaissait parfaitement son rôle, de l’installation au lever de rideau, pour que la magie opère. Il en fut ainsi mercredi à Moyrazès.




De village en village…
« Remettre les gens sur la place du village et créer du lien ». En quelques mots, Basile Delbruel, un des trois co-directeurs de l’AJAL, résume toute la philosophie de l’Estafette.

Le point de départ est simple. Dans de nombreux villages du Ségala, côté aveyronnais comme côté carmausin, les modes de vie ont évolué. Beaucoup d’habitants travaillent dans les grandes villes voisines et, une fois la journée terminée, regagnent leur domicile sans forcément retrouver ces moments de convivialité qui faisaient, autrefois, battre le cœur des villages. Les lieux de rencontre se sont peu à peu raréfiés. Les cafés ont fermé, les commerces ont disparus, les habitudes ont changé et le temps manque parfois… Autant de raisons qui font que les occasions de se retrouver s’amenuisent. Un constat que partagent aussi les élus locaux. Les maires de ces communes rurales sont les premiers témoins de ces évolutions. Certains s’en sont d’ailleurs confié à Basile. C’est dans ce contexte que l’AJAL a imaginé l’Estafette. Créée à l’été 2023, l’Estafette poursuit depuis son chemin de village en village. Cet été, des portes de Rodez à celle du Tarn, elle sème joyeusement sur son passage musique, gourmandises et bonne humeur.

L’AJAL, 60 ans au cœur du territoire
Derrière cette aventure et bien d’autres (!), il y a une association qui imagine des projets pour rapprocher les artistes, les habitants et dynamiser le territoire. L’AJAL – Association Jeunesse Arts et Loisirs – a vu le jour en 1966 au cœur de la bastide royale de Sauveterre-de-Rouergue. Elle fête donc ses 60 ans, cette année. Si ses bureaux sont aujourd’hui installés à Naucelle, elle reste profondément attachée à ses racines.




Aurélia ouvre un nouveau chapitre culturel
Avec une direction collégiale : Aurélia Pailloux, Cédric Sauvestre et Basile Delbruel, l’AJAL poursuit son développement. Quand à « la petite Aurélia »- – formule familière et affectueuse que m’autorise le fait de l’avoir connue enfant – elle est aujourd’hui devenue une professionnelle aguerrie, une trentenaire déterminée. Après sept années passées au Club à Rodez, elle revient mettre son expérience dans la communication culturelle et l’évènementiel au service du territoire ségali. Elle a rejoint l’équipe de l’AJAL, il y a trois mois. Co-directrice, responsable de production, elle coordonne les équipes de techniciens, salariés, bénévoles, accueille les artistes et s’investit avec une énergie communicative, comme ses collègues, Basile et Cédric, pour que chaque projet prenne vie.

L’AJAL, une aventure collective qui se réinvente
L’association développe de multiples initiatives : des concerts, des festivals, l’accompagnement d’artistes émergents, mais aussi un soutien aux associations et aux collectivités grâce à son pôle ressources. Celui-ci permet de mettre à disposition des compétences et des savoir-faire, qu’il s’agisse d’accompagnement technique, de régie, de conseils ou d’appui à la réalisation de projets.

Au fil des années, l’AJAL a construit son identité autour de nombreux rendez-vous qui font désormais partie de l’histoire du territoire ségali. Pour marquer ses 60 ans, l’association propose, cette année, une programmation anniversaire « Les incontournables » avec plusieurs temps forts, à l’image de la venue récente des Tambours du Bronx à Baraqueville, un des groupes emblématiques qui ont marqué ses grandes soirées. Mais l’AJAL ne se résume pas aux grands concerts et festivals. Avec des rendez-vous comme « Chat Bouge » pour les plus jeunes, « l’Estafette », sa guinguette itinérante, elle imagine des propositions tous les publics.

À travers sa Fabrique d’Actions Culturelles, l’association développe également des projets qui permettent à chacun de s’exprimer et de participer, quel que soit son âge ou son parcours. Des ateliers avec des artistes et des intervenants sont menés dans les écoles, les Ehpad… Une manière de rappeler que la création n’est pas l’apanage des seuls artistes, mais qu’elle constitue un espace d’expression et de découverte accessible à tous.


Cet été sera marqué par un double anniversaire puisque la Fête de la Lumière de Sauveterre-de-Rouergue célébrera ses 40 ans, tandis que l’AJAL soufflera ses 60 bougies. Voilà qui promet une belle soirée le 8 août prochain dans la superbe bastide. Ci- dessous toutes les dates de la guinguette itinérante.

A Moyrazès, ce mercredi le public a pu mesurer toute l’énergie déployée par les salariés de l’AJAL et sa vaillante équipe de bénévoles.
Des sourires pour ouvrir la soirée
À l’entrée de la place, un barnum avait été installé comme un sas d’accueil. Derrière une table faisant office de guichet de billetterie, trois jeunes femmes accueillaient le public. Leurs « bonsoir! » lancés avec générosité, accompagnés de larges sourires, donnaient déjà le tempo à la soirée. Irina responsable de la communication, Nolwenn et Cindy Teyssedre – qui partage la co -présidence de l’AJAL avec Pierre Falisse – ouvraient grand les portes de cette parenthèse festive.

Les saveurs entrent dans la danse
Sous le barnum voisin, les premières odes gourmandes venaient déjà titiller les papilles.

Pendant que les musiciens dispensaient leur premières notes, . derrière ses pianos de plein air, Quentin Guizar, responsable de la restauration, et sa brigade jouaient, eux, aussi leur partition gourmande, celle des saveurs aveyronnaises. Dans les poêles, les farçous crépitaient, les saucisses grillaient et l’aligot filait généreusement. Un marchand de glaces artisanales avait également installé son food-truck, une touche sucrée et rafraichissante bien appréciée.

La buvette occupait parfaitement sa place stratégique. On pouvait y refaire le monde autour d’un verre, observer au plus près les danseurs, les plus timides pouvaient y faire discrètement tapisserie… Et surtout tous pouvaient siroter bières et soda fabriqués en Aveyron !



Des présences discrètes mais rassurantes
En tout début de soirée, assis sur un muret un peu en retrait, trois silhouettes bleues attiraient mon attention. Sylvie, Patrick et Nicolas, membres de l’ASP (Assistance Secours Protection) de Saint-Rome-de-Cernon, étaient là pour veiller discrètement au bon déroulement de la soirée.

Forte d’une trentaine de secouristes bénévoles, l’association aveyronnaise ASP intervient sur de nombreux événements, des festivals aux manifestations sportives, des courses pédestres aux épreuves cyclistes, jusque dans des rendez-vous plus originaux comme des rassemblements de trottinettes électriques. De la Haute-Loire à l’Ariège, de l’Aveyron aux départements limitrophes, ces secouristes formés aux premiers secours ( PS1 ou PS2) sillonnent les routes avec leurs quatre ambulances pour apporter leur présence rassurante. « On est surtout là pour la bobologie » expliquaient-ils, modestement, de concert.

Ce soir-là, c’est eux qui avaient été victime d’une petite mésaventure. Leur ambulance avait eu un souci technique, en chemin. Une situation qui n’a pas manqué d’amuser Sylvie, seule femme du trio. « Ils ont voulu me faire le coup de la panne », plaisantait-elle. Mais avec ces secouristes expérimentés la situation a rapidement été maîtrisée. Cette petite anecdote restera un marqueur amusant de leur première venue à Moyrazès !

En fin de soirée, deux gendarmes étaient également présents aux abords de la manifestation. Ils étaient là avant tout dans une démarche de prévention et de sensibilisation, afin de veiller au retour de chacun, en toute sécurité. Le gendarme adjoint, originaire de Haute-Vienne, et sa collègue jeune gendarme du Var affectés depuis peu à Rodez découvraient, à cette occasion, le village de Moyrazès. Des présences discrètes, mais rassurantes, comme celles et ceux qui sans jamais être au premier plan, contribuent au bon déroulement de ces rendez-vous festifs.
Les chefs d’orchestre de la technique
Parmi lesquels et dans un autre style les techniciens son et lumière qui accompagnent les groupes.

Au cœur de l’effervescence, derrière les consoles et les flight-cases installés en plein air, les mains sur les potards des tables de mixage, les yeux rivés sur leurs écrans, ils ajustent les réglages pour offrir aux artistes comme au public le meilleur. Un travail de l’ombre, fait de précision et de réactivité, indispensable pour donner vie à la musique.

Quand les lampions s’éteignent
Mais une fois les dernières notes envolées et les derniers fêtards rentrés, d’autres acteurs de l’ombre entraient en scène : l’armada de salariés et de bénévoles mobilisé jusqu’à bout de la nuit. Une fois les dernières notes envolées, leur mission n’était pas terminée. Jusqu’à 2h30 du matin, il ont démonté, rangé, nettoyé, effaçant peu à peu les traces de la fête. A leur réveil, les habitants de Moyrazès ont retrouvé place nette, comme si, finalement, cette soirée n’avait été qu’une parenthèse enchantée. Mais une parenthèse qui a déjà une place de choix dans l’album souvenir communal.

Au rythme des rencontres
Cette réussite tient aussi, bien-sûr, à tous celles et ceux qui y ont participé : villageois, voisins des communes alentours, vacanciers, passionnés de musique ou fidèles des rendez-vous de l’AJAL… Ils ont été très nombreux à répondre à l’invitation. Au fil des heures, j’ai eu le plaisir de croiser des visages familiers et de faire quelques rencontres inattendues comme Pascal et Corinne, de la Ferme des Mamours à la Bastide l’Évêque. Car, lorsque Corinne n’est pas dans son jardin à accueillir des hôtes ou devant les caméras d’une émission de télévision, elle s’accorde volontiers une pause musicale à Moyrazès !

J’ai également croisé Denis, mon voisin, photographe officieux – mais incontournable – des manifestations moyrazèsoises. Un passionné d’images qui maîtrise bien mieux son téléphone pour immortaliser les instants festifs que pour répondre aux appels…

Autour des tables ou de la buvette, jusqu’au pied de la scène la même énergie circulait ; celle d’une soirée où les horizons et les générations se mélangeaient allègrement.

Une scène aux mille couleurs musicales
Sur scène également, les univers se sont croisés. Côté programmation l’AJAL a joué la carte de la diversité et remporté la mise ! Musiciennes et musiciens ont éntraîné le public dans des ambiances et des styles très éclectiques sans jamais laisser retomber l’énergie, faisant de la place du village un véritable terrain de jeu…musical .





Au fil de la soirée, la place de Moyrazès s’est, ainsi, transformée en une véritable piste de danse à ciel ouvert. Sous les lumières suspendues entre les arbres, les générations se sont mêlées, les applaudissements ont répondu aux notes des musiciens. Les groupes de qualité qui se sont succédé sur scène ont emporté le public dans leur énergie. Une belle réussite pour l’AJAL qui a relevé son pari : faire vibrer, autant musicalement qu’humainement tout un territoire au même diapason.


